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vendredi 6 avril 2007

« Heroes », Tim KRING

HeroesIntri­gué d’en enten­dre par­ler autour de moi depuis plu­sieurs semai­nes, je me suis à mon tour pen­ché sur la ques­tion et ai décou­vert cette série amé­ri­caine. La pre­mière sai­son est dif­fu­sée depuis le mois de sep­tem­bre en Amé­ri­que du Nord et s’achè­vera fin mai après avoir égrené sur les petits écrans ses vingt-trois épi­so­des. La boîte à cons a déjà acheté les droits et dif­fu­sera la série en France à par­tir de la ren­trée, vrai­sem­bla­ble­ment.

Mais quelle est donc cette série ? Me direz-vous si vous ne la con­nais­sez pas déjà ; ce qui n’est pas gagné vu son suc­cès ful­gu­rant et la rapi­dité à laquelle elle se répand dans les chau­miè­res. Hé bien il s’agit d’une série de science-fic­tion dans laquelle on décou­vre que la pres­sion évo­lu­tive a con­duit cer­tains humains a muter et à se décou­vrir des pou­voirs extra­or­di­nai­res fai­sant d’eux de véri­ta­bles héros. Cela vous rap­pelle quel­que chose ? En effet, je dois dire que l’idée n’est pas neuve puisqu’elle a déjà été exploi­tée dans X-Men. Mais là s’arrête la com­pa­rai­son. Car si dans X-Men les mutants se liguent entre méchants et gen­tils, sau­vent le Monde tou­tes les trente secon­des limite bla­sés et ont des tenues fla­shy et des pou­voirs pour le moins osten­ta­toi­res, nos héros de Heroes sont à un pou­voir près des mon­sieur- ou madame-tout-le-monde. Cer­tains d’ailleurs sont bien en peine de leurs extra­or­di­nai­res capa­ci­tés et s’en défe­raient par­fois volon­tiers.

Ainsi, on décou­vre au fil des épi­so­des un flic de LAPD télé­pa­the et dont le cou­ple bat de l’aile, un employé japo­nais fan de Star Trek qui peut cour­ber l’espace-temps et donc voya­ger dans le temps tout comme l’arrê­ter ou alors se télé­por­ter, une pom-pom girl texanne douée du pou­voir de régé­né­ra­tion ou encore une jeune femme de Vegas à l’alter-ego ter­ri­fiant. Et tout ça grâce à qui nous dit-on ? Grâce aux gène mutants ! …
J’entends déjà quelqu’un dire « Mais oui bien sûr. Et la mar­motte… ? ». En effet, la géné­ti­que a bon dos dans l’his­toire ; celui qui a fait un peu de bio­lo­gie com­pren­dra aisé­ment que le jour où il arri­vera à voya­ger dans le temps à l’aide de ses gua­ni­nes n’est pas près d’arri­ver. Enfin bon, même si on nous prend un peu pour des bœufs, cela n’enta­che pas vrai­ment la série pour autant, mais ça fait du bien de le dire quand même ! ;-)

Au fur et à mesure, le spec­ta­teur suit ces citoyens extra­or­di­nai­res qui appren­nent à maî­tri­ser leur pou­voir et à s’en ser­vir à bon escient… ou pas. On lève aussi petit à petit le voile sur une cons­pi­ra­tion dont ils font l’objet ; et l’on s’ache­mine au fil des épi­so­des vers un évè­ne­ment dra­ma­ti­que qui clô­tu­rera la sai­son et qui néces­si­tera vrai­sem­bla­ble­ment l’inter­ven­tion grou­pée de ces heroes pour être empê­chée. Ainsi, une trame se des­sine entre les per­son­na­ges, bien qu’encore incom­plète à l’épi­sode 18 (le 19 sera dif­fusé le 23/04), et l’on brûle d’impa­tience de con­naî­tre le dénoue­ment de l’his­toire.

Je pense que l’immense suc­cès (mérité selon moi) dont jouit actuel­le­ment cette série est en pre­mier lieu dû à ces héros qui nous res­sem­blent : bien loin des super-héros de comics ils sont failli­bles et doi­vent faire face aux tra­cas du quo­ti­dien. Ensuite, parce que les scé­na­ris­tes ont con­cocté un savant dosage qui tient le spec­ta­teur en haleine : l’on fait régu­liè­re­ment la con­nais­sance d’une nou­veau heroe, l’on met à jour des tra­hi­sons et des liens insoup­çon­nés qui main­tien­nent le sus­pense. Enfin, parce que le tout est servi par des effets spé­ciaux par­fois assez bluf­fant (sur­tout cer­tai­nes scè­nes de régé­né­ra­tion et de temps sus­pendu).

Heroes est donc une série de grande qua­lité qui devrait faire beau­coup de bruit lorsqu’elle sor­tira sur le hert­zien fran­çais et que tous les ex-fans de X-Files, Camé­léon et autres séries du même acca­bit devraient décou­vrir de toute urgence. J’ai déjà réussi à faire six adep­tes au cours d’un trop long voyage le week-end der­nier.

Voici deux liens vers les ban­des-annonce :
Lien 1
Lien 2

mardi 20 février 2007

« AQUA™ », Jean-Marc LIGNY

Aqua_TM2030. Les désor­dres cli­ma­ti­ques ont entraîné l’assè­che­ment de cer­tai­nes régions du globe où les popu­la­tions meu­rent de soif, au sens pro­pre du terme. Aussi, lors­que des ima­ges pira­tées en pro­ve­nance d’un satel­lite de pros­pec­tion révè­lent à Fati­mata Konaté qu’une nappe d’eau gigan­tes­que se cache à quel­ques cen­tai­nes de mètres dans le sous-sol de son pays ravagé par la séche­resse, la pré­si­dente du Bur­kina-Faso reprend espoir en la sur­vie de son peu­ple.
En Europe, à Stras­bourg, Cathe­rine la malouine et Rudy le hol­lan­dais s’apprê­tent à tra­ver­ser en camion la France, le Magh­reb et le Sahara pour con­voyer le maté­riel de forage qu’une grande ONG a pro­mise aux bur­ki­na­bés.
De son côté, Ful­ler, un mul­ti­mil­liar­daire amé­ri­cain pro­prié­taire du satel­lite piraté, reven­di­que au nom de sa mul­ti­na­tio­nale la pro­priété exclu­sive de cette nappe. Res­source qu’il entend bien exploi­ter jusqu’à la der­nière goutte pour appro­vi­sion­ner en eau le mar­ché amé­ri­cain, quitte à faire appel aux ser­vi­ces de la CIA pour faire plier cette pré­si­dente afri­caine opi­niâ­tre qui ose se dres­ser con­tre ses inté­rêts.

Voici donc planté le décor idéal pour une véri­ta­ble gué­rilla poli­ti­que et éco­no­mi­que oppo­sant un petit état du Sud et l’incar­na­tion du capi­ta­lisme ultra libé­ral occi­den­tal. Con­flit dont l’enjeu n’est rien de moins que de l’eau et, par exten­sion, la sur­vie de tout un peu­ple ignoré.

Jean-Marc LIGNY pro­pose un roman d’anti­ci­pa­tion solide, dont les rebon­dis­se­ments et le sus­pense sont capa­bles de tenir le lec­teur en haleine tout au long des quel­ques cinq cent pages. L’auteur dépeint ce à quoi notre pla­nète et notre société pour­raient res­sem­bler d’ici un quart de siè­cle (autant dire demain) ; il sug­gère cette vision cer­tes crue et pes­si­miste, mais issue d’une ana­lyse véri­ta­ble­ment per­ti­nente. Pour cela il fait appel aux thè­mes “fami­liers” du genre : dérè­gle­ments cli­ma­ti­ques vio­lents, nou­velle orga­ni­sa­tion de la scène inter­na­tio­nale, USA étouf­fant sous le poids de leurs vieux démons, mon­tée des extré­mis­mes reli­gieux, crise éner­gé­ti­que… Il décrit éga­le­ment les con­sé­quen­ces d’un cli­vage socié­tal déme­suré, aussi bien à l’échelle glo­bale qu’à celle d’une ville, dans lequel les clas­ses aisées se replient sur elles-mêmes, dans leurs bul­les ou au sein de leurs réseaux, aveu­gles aux clas­ses les plus bas­ses dont l’exclu­sion atteint un paroxysme.
Cepen­dant, au milieu de ce caphar­naüm mon­dia­lisé, l’auteur campe des héros ordi­nai­res com­bat­tant ce cynisme géné­ra­lisé et qui redon­nent espoir dans la capa­cité de l’Homme à se réveiller, par­fois, et à se ser­rer les cou­des mal­gré les obs­ta­cles pour réa­li­ser de grands actes de soli­da­rité sans chi­chis et sans gloire.
Les héros nés de l’ima­gi­naire de Jean-Marc LIGNY m’ont beau­coup plu car ils sont atta­chants et con­vain­cants ; en par­ti­cu­lier Fati­mata Konaté, la pré­si­dente bur­ki­na­bée joviale et intel­li­gente.

Je regrette tou­te­fois que cer­tains dénoue­ments ou cer­tains rebon­dis­se­ments soient par­fois un peu trop faci­les… Mais ce bémol est vrai­ment mineur en regard du reste de l’his­toire et de la qua­lité géné­rale de ce roman : c’est vrai­ment cher­cher la brou­tille pour mieux met­tre en valeur les élo­ges ! ;-)

AQUA™ est donc un roman[1] que j’ai dévoré et dont le sujet m’a véri­ta­ble­ment cap­tivé : la vision d’un futur pro­che qui sem­ble, de notre actuel point de vue, tel­le­ment pro­ba­ble, angois­sant et cepen­dant si pas­sion­nant… C’est donc une très bonne sur­prise, un coup de cœur en somme ; et une his­toire que je recom­mande natu­rel­le­ment à tous.

Notes

[1] Publié chez l’Ata­lante

vendredi 9 février 2007

« Olympos », Dan SIMMONS

OlymposIl y a déjà un bout de temps que j’ai ter­miné la lec­ture de ce livre prêté par Tigroux et je sou­hai­tais vrai­ment écrire quel­ques com­men­tai­res sur cette œuvre de Dan SIM­MONS que je con­si­dère comme majeure dans sa biblio­gra­phie.
Pour rap­pel ou non, ce grand roman est com­posé de deux livres, titrés « Ilium » (“Troie” en grec) et « Olym­pos », qui à ma con­nais­sance se limi­tera à ces deux volu­mes.

Dans cette belle et grande fres­que, l’on peut dire que trois récits coha­bi­tent et s’emboî­tent les uns les autres sur la trame du roman. Le pre­mier con­cerne ce que j’appel­le­rais “Les Grecs” ; dans lequel le scho­liaste Hocken­berry — un uni­ver­si­taire Amé­ri­cain du XXème siè­cle spé­cia­liste de l’œuvre d’Homère — est envoyé par les Dieux de l’Olympe en mis­sion d’obser­va­tion au cœur de la bataille de Troie. Bardé de gad­gets fai­sant appel aux tech­no­lo­gies quan­ti­ques four­nis par sa divine pro­tec­trice, Hocken­berry se télé­porte çà et là dans la peau des pro­ta­go­nis­tes de la bataille et éta­blit ses rap­ports auprès des Dieux en s’assu­rant que les évé­ne­ments col­lent par­fai­te­ment aux récits homé­ri­ques. Les dieux y sont comme des gamins capri­cieux et libi­di­neux qui pas­sent leur temps à intri­guer con­tre leurs pairs par l’entre­mise des pau­vres humains mani­pu­lés à l’aide de leurs gad­gets high-tech. Mais biens sûr, ces dieux ne sont que des impos­teurs, ils n’ont rien à voir avec les divi­ni­tés mytho­lo­gi­ques : ils ne sont que les créa­teurs d’un “remake” ; et leur mont Olympe n’est autre que le plus haut vol­can du sys­tème solaire : Olym­pus Mons sur Mars.
Paral­lè­le­ment, sur les lunes de Jupi­ter, deux mora­vecs — des robots mi-machine, mi-orga­ni­ques, envoyés là par les humains il y a très très long­temps — férus de lit­té­ra­ture (l’un est admi­ra­teur de Proust et l’autre de Sha­kes­peare) sont envoyés en mis­sion vers Mars pour enquê­ter sur une acti­vité quan­ti­que sus­pecte, intense et dan­ge­reuse.
Le troi­sième récit se con­cen­tre sur un groupe d’humains “à l’ancienne”, vivant de façon oisive et indo­lente sur une Terre dépeu­plée. Assis­tés des voy­nix, d’inquié­tants ser­vi­teurs méca­ni­ques, ces humains ne savent rien de l’écri­ture et de la lec­ture : leur vie n’est rem­plie que de fêtes au châ­teau d’Ardis ou à Paris-Cra­tère ; lieux vers les­quels ils voya­gent en emprun­tant des sys­tè­mes de télé­por­ta­tion dont ils igno­rent l’ori­gine et le fonc­tion­ne­ment ; aspects dont ils se fichent éper­du­ment d’ailleurs.

Dans le pre­mier tome « Ilium », on dis­cerne pro­gres­si­ve­ment quel­ques liens reliant ces trois grou­pes sans tou­te­fois savoir où l’auteur les emmène et où ils vont se ren­con­trer. J’ai même eu des dif­fi­cul­tés à com­pren­dre quel était l’inté­rêt de l’his­toire des deux mora­vecs Orphu d’Io et Mahn­mut, qui tuent le temps du voyage en dis­ser­tant à loi­sir sur les œuvres de leurs écri­vains féti­ches — sans que pour autant cela soit désa­gréa­ble ; au con­traire, ce fut peut-être même une occa­sion de décou­verte. De mul­ti­ples por­tes et inter­ro­ga­tions s’ouvrent ainsi dans « Ilium » ; lais­sant champ libre à l’auteur pour les fer­mer dans « Olym­pos » et par la même pour don­ner la vision d’ensem­ble cohé­rente du sys­tème, là où tout ces mor­ceaux épars s’assem­blent pour for­mer un tout.

Tout comme pour l’œuvre de Proust et de Sha­kes­peare, la richesse des des­crip­tions de la vie Grec­que et des rela­tions entre les héros Achéens (Hec­tor, Hélène..) et Troyens (Odys­seus, Achille…) lais­sent devi­ner que l’auteur a dû mener un tra­vail de recher­che très appro­fondi pour maî­tri­ser son sujet. Et c’est d’ailleurs un point des plus inté­res­sants : con­naî­tre suf­fi­sam­ment l‘His­toire pour qu’à un moment donné, le bas­cu­le­ment vers l’uchro­nie donne à l‘his­toire tout son cré­dit.

C’est d’ailleurs le récit des aven­tu­res “Greco-divine” mais éga­le­ment celle des humains “à l’ancienne” (sur­tout dans « Olym­pos ») qui m’ont le plus plu : me vien­nent par exem­ple à l’esprit les déboi­res d’Hocken­berry aux pri­ses avec des ennuis divins (quand il ne se retrouve pas embo­biné par Hélène..), la fri­vo­lité et la gros­siè­reté des pseudo-dieux, ces humains assis­tés et pétris de naï­veté qui face à l’adver­sité se décou­vrent la force de se sur­pas­ser, etc.

Comme je le disais au début, il me sem­ble que ce roman est actuel­le­ment à clas­ser parmi le “Top 3” des œuvres que Dan SIM­MONS a écri­tes de par son foi­son­ne­ment de per­son­na­ges, de thè­mes, d’intri­gues ainsi que pour son ori­gi­na­lité ; même si, mal­gré tout, les Cycles dHypé­rion et dEndy­mion res­tent pour moi encore bien meilleurs !
Je con­si­dère que ce sont donc deux livres de grande qua­lité dont il serait très dom­mage de pas­ser à côté.

jeudi 19 octobre 2006

« Coalescence », Stephen BAXTER

À la mort de son père, George Poole, un infor­ma­ti­cien anglais qua­dra­gé­naire, décou­vre l’exis­tence d’une sœur jumelle que ses parents lui avaient tou­jours dis­si­mu­lée. Alors qu’il n’était qu’un jeune enfant, Rosa avait été pla­cée dans le mys­té­rieux Ordre de Sainte Marie Reine des Vier­ges, à Rome, fondé au Vème siè­cle par Regina qui selon la légende, serait l’ancê­tre de la famille Poole. George décide de se ren­dre dans la cité éter­nelle pour retrou­ver sa sœur.
Paral­lè­le­ment, alors que l’Empire romain s’effon­dre de toute part, une bre­tonne du nom de Regina, décide de quit­ter son île natale pour retrou­ver sa mère éta­blie à Rome.
Les his­toi­res de George et de Regina s’entre­la­cent : George décou­vre peu à peu l’orga­ni­sa­tion ter­ri­fiante à laquelle appar­tient sa jumelle Rosa et les mys­tè­res qu’elle pré­serve depuis des siè­cles. Regina quant à elle, fuit les îles bri­tan­ni­ques pour Rome où elle jette les bases de son Ordre au cen­tre d’une capi­tale impé­riale en décom­po­si­tion.

Le récit de George n’a pré­senté d’inté­rêt à mes yeux que celui de pré­sen­ter le con­cept qui sous-tend l’orga­ni­sa­tion de l’Ordre. Le reste n’étant là que pour situer psy­cho­lo­gi­que­ment le per­son­nage. Bref, des cha­pi­tres sou­vent longs qui per­met­tent sur­tout de “meu­bler” entre deux cha­pi­tres dédiés au passé.
En revan­che, le récit de Regina (et de sa des­cen­dance) pré­sente à mes yeux un inté­rêt his­to­ri­que indé­nia­ble en plus de tra­cer le che­min vers la nais­sance de l’Ordre. L’auteur a effec­tué des recher­ches vrai­sem­bla­ble­ment très impor­tan­tes sur cette période clef qui pré­cède la chute de Rome et ne lésine pas à en faire une retrans­crip­tion riche, voire trop riche. Ainsi, les trois cent pre­miè­res pages per­met­tent de com­pren­dre com­ment et pour­quoi l’orga­ni­sa­tion impé­riale quitte sou­dain l’île de Bre­ta­gne et plonge sa société paci­fiée dans le chaos ; com­ment en l’espace de quel­ques années, une civi­li­sa­tion peut s’effon­drer et con­duire les popu­la­tions vers une régres­sion tech­ni­que et poli­ti­que impen­sa­ble. L’on assiste ainsi à la fin des gran­des cités et au regrou­pe­ment de ces popu­la­tions cel­tes en tri­bus qui, sou­mi­sent à l’expan­sion des enva­his­seurs saxons qui colo­ni­sent le sud-est du ter­ri­toire, fuient vers le nord où tra­ver­sent les mers vers l’Armo­ri­que : un véri­ta­ble cours sur la dyna­mi­que du peu­ple­ment des îles Bri­tan­ni­ques !
Mais Ste­phen Bax­ter ne se con­tente pas d’un cours d’His­toire, il pro­fite de l’occa­sion pour avan­cer une hypo­thèse sur l’ori­gine du mythe Arthu­rien, au cen­tre de laquelle inter­vient Regina ! Cette der­nière fait ainsi la con­nais­sance du géné­ral Arto­rius (Arthur) décidé à réu­nir une tribu autour d’un empla­ce­ment fort appelé Caml (Came­lot). Pour cela, ce roi­te­let s’entoure de gens talen­tueux : Regina qui accepte de deve­nir sa Mor­ri­gan (Mor­gane), et Myrd­din (Mer­lin) un mage for­ge­ron qui a autre­fois forgé une arme excep­tion­nelle : Cha­lybs (Exca­li­bur). J’ai réussi à rele­ver ces élé­ments dis­si­mu­lés emblé­ma­ti­ques des légen­des arthu­rien­nes mais ai cer­tai­ne­ment dû pas­ser à côté de beau­coup d’autres.

Au final, je peux dire que j’ai rela­ti­ve­ment appré­cié ce livre, mais uni­que­ment pour son inté­rêt his­to­rico-lit­té­raire ; car pour le reste… rien de glo­rieux. Et les ama­teurs de hard-SF, dont Ste­phen Bax­ter est l’un des meilleurs repré­sen­tants à l’heure actuelle, ne s’y seront pas trom­pés : ce pre­mier volume de la tri­lo­gie des Enfants de la des­ti­née n’est pas vrai­ment une réus­site. Dans les pre­miers deux tiers du roman, l’intri­gue est tota­le­ment asphyxiée par la sura­bon­dance des des­crip­tions de la vie de l’épo­que en Bre­ta­gne et à Rome ; tout y passe : socio­lo­gie, archi­tec­ture, poli­ti­que, etc. L’on com­prend l’envie que cer­tains auraient d’aban­don­ner sa lec­ture.

Bref, une entrée dans cette tri­lo­gie en demi-teinte que j’espère que les tomes sui­vant éclair­ci­ront.

jeudi 24 août 2006

« Faërie hackers », Johan HÉLIOT

Faerie_HackersPani­que sur le Royaume ! Dans cet uni­vers paral­lèle — dou­ble féé­ri­que du nôtre — de mys­té­rieux et impla­ca­bles guer­riers sèment la ter­reur et la mort. Ces évé­ne­ments trou­blants auraient-ils à voir avec l’éva­sion d’un puis­sant démon sur­ve­nue quel­ques décen­nies plus tôt ? Ou bien, seraient-ils cor­ré­lés à la récente sor­tie d’un éton­nant war­game de nou­velle géné­ra­tion édité sur la Sur­face par la société Devil’s Game ? Lil, une fey exi­lée depuis vingt ans dans notre monde, mène l’enquête à Paris, épau­lée par Lar­ta­gne, le beau et téné­breux capi­taine de la garde royale.

Cette his­toire de fées et de magie change de la fan­tasy ! Johan HÉLIOT, que j’avais pré­cé­dem­ment remar­qué avec ‘“La lune seule le sait” et sa suite “La lune n’est pas pour nous”, livre ici quel­que­chose de dif­fé­rent, d’éton­nant et déton­nant. L’his­toire fait appel à nom­bre d’ima­ges de la fan­tasy dans ce qu’elle a de plus clas­si­que, mais se mêle éga­le­ment à une enquête et à des per­son­na­ges réso­lu­ment actuels. Tout comme l’écri­ture employée.
Le rythme du récit est sou­tenu et habi­le­ment entre­coupé de pau­ses qui per­met­tent au lec­teur de mieux cadrer le con­texte ; et le sus­pense main­tenu jusqu’au bout pro­met une lec­ture hale­tante.

Pour ma part, j’ai appré­cié l’humour et le côté frais de l’his­toire — mal­gré une chute un peu trop clas­si­que à mon goût —, le per­son­nage de la fey — une jolie tête brû­lée qui n’a pas sa lan­gue dans sa poche ! — et le style éner­gi­que de l’auteur. Cette agréa­ble expé­rience me dirige main­te­nant tout natu­rel­le­ment vers le roman sui­vant “Faë­rie thril­ler” :-)

mercredi 12 juillet 2006

« Le dernier de son espèce », Andreas ESCHBACH

dernier_de_son_especeDuane Fitz­ge­rald coule une retraite pai­si­ble et réglée comme un métro­nome dans un vil­lage de la côte Irlan­daise. Pour­tant, cet ancien mili­taire amé­ri­cain dis­si­mule un secret que bien des armées envie­raient : lui ! C’est que, Duane n’est pas tout à fait comme vous et moi. Si l’on devait lui prê­ter des parents ima­gi­nai­res, disons qu’il serait le fils de Super Jamie et de Ter­mi­na­tor. Voici en effet quel­ques années que le héros s’est trouvé dégagé d’un pro­gramme de recher­che visant à le trans­for­mer en cyborg… avec plus ou moins de suc­cès. Or, voici que de bien curieux indi­vi­dus vien­nent de débar­quer à Din­gle…

Le Space Teu­ton a encore frappé. Voici le qua­trième livre d’Andreas ESCH­BACH que je lis et, mise à part ma légère décep­tion avec “Kwest”, voilà que cet auteur m’étonne une fois de plus[1] : cette his­toire-ci ne res­sem­ble en rien à ce qu’il a déjà fait, et c’est tant mieux ! Je suis ravi de ren­con­trer un écri­vain pourvu d’un tel talent.
Il relate ici l’his­toire d’un homme que la soli­tude pousse à dres­ser un bilan. Ana­ly­ser les méca­nis­mes qui l’ont amené à s’enga­ger dans une voie de pro­mes­ses : l’illu­sion d’accé­der à la per­fec­tion ultime.

Cette réflexion pla­cée sous le patro­nage du phi­lo­so­phe Sénè­que est pré­sen­tée d’une façon inha­bi­tuelle : comme une let­tre tou­chante, un témoi­gnage de ce surhomme emprunt de mélan­co­lie, pour la belle qu’il aime.
Une his­toire inté­res­sante.

dimanche 19 mars 2006

« La brèche », Christophe LAMBERT

la brèche Non, non, vous fai­tes fausse route : il ne s’agit pas d’un acteur abonné depuis quel­ques temps aux navets (à croire qu’il les repère à 100 km à la ronde !) qui aurait décidé de se recon­ver­tir dans l’écri­ture SF, mais plu­tôt d’un auteur homo­nyme rela­ti­ve­ment éclec­ti­que sem­ble-t-il.

Vrai­sem­bla­ble­ment pas­sionné par le dénoue­ment de la deuxième guerre mon­diale, Chris­to­phe se pro­pose de nous faire décou­vrir le D-DAY sous un angle iné­dit : celui de deux hom­mes du futur, envoyés en 1944 sur les pla­ges de Nor­man­die pour revi­vre les évé­ne­ments dans le cadre d’une émis­sion de télé-réa­lité. Mais le jeu tourne court lorsqu’ils décou­vrent l’hor­reur de la bataille et, sur­tout, qu’en ayant malen­con­treu­se­ment bou­le­versé le cours de l’his­toire, le débar­que­ment se trans­forme en ter­rain d’affron­te­ment des puis­san­ces de 2060…

L’idée de départ est excel­lente et menée sans sou­cis jusqu’au final. Les actions sont vives et don­nent véri­ta­ble­ment envie de dévo­rer le bou­quin. Tou­te­fois, je reste un peu sur ma faim : j’ai l’impres­sion d’avoir sur­volé les actions ; je pense que le récit aurait lar­ge­ment mérité d’être étoffé. D’autre part, le style ne m’a pas par­ti­cu­liè­re­ment trans­cendé ; mais sans avoir lu un autre roman de Chris­to­phe LAM­BERT, je ne puis dire s’il s’agit d’un sub­til effet visant à don­ner beau­coup de fraî­cheur à l’his­toire ou de la véri­ta­ble écri­ture de l’auteur.

Cela dit, “La brè­che” est un bon diver­tis­se­ment par­fai­te­ment dis­posé à faire l’objet d’une adap­ta­tion à suc­cès au cinéma, tel que l’a été en son temps “Run­ning man” de Ste­phen KING.

dimanche 24 juillet 2005

« Les loups de Fenryder », Alec COVIN

Fenryder C’est par la radio que j’ai entendu par­ler de ce roman. Les cri­ti­ques indi­quaient qu’il s’agis­sait d’une très bonne his­toire d’épou­vante/fan­tas­ti­que écrite par le Ste­phen KING fran­çais.

Qu’en est-il de mon modeste point de vue ?
Pour com­men­cer, je résu­me­rais briè­ve­ment le récit.

En 1933, trois gamins assis­tent invo­lon­tai­re­ment à l’embra­se­ment spon­ta­née d’une riche demeure où tou­tes les gran­des famil­les du Sud des États-Unis s’étaient réu­nies pour fes­toyer. Le mas­sa­cre est orches­tré par le fils des hôtes, signant ainsi son adhé­sion à une société secrète maî­tri­sant les arca­nes du sur­na­tu­rel : les Loups, du géné­ral Fen­ry­der.
Un des témoins raconte au seuil de la mort à son petit-fils cette hor­ri­ble scène que lui et les deux autres enfants ont tenue secrète tou­tes ces années durant.
De nos jours, le petit-fils en ques­tion est devenu roman­cier à suc­cès. Celui-ci se retrouve invité dans un Bed & break­fast récem­ment ouvert par un cou­ple sympa, dans l’ancienne pro­priété qui avait flambé ; invi­ta­tion for­mu­lée par l’auteur du mas­sa­cre de 1933.
Or, des évé­ne­ments tra­gi­ques se pro­dui­sent depuis que le roman­cier a révélé à la presse le ter­ri­ble témoi­gnage de sa grand-mère. Les Loups savent que ce soir de 1933 il y a eu des témoins. Les Loups veu­lent punir les témoins encore vivants, leur des­cen­dance et tou­tes les per­son­nes qui sont dans la con­fi­dence.

Une très bonne his­toire d’épou­vante à la sauce fan­tas­ti­que ai-je entendu, effec­ti­ve­ment, quel­ques scè­nes sont très pre­nan­tes et sus­ci­tent un peu de la frousse escomp­tée. Tou­te­fois, nous som­mes bien loins des ter­reurs que m’ont pro­vo­qué les lec­tu­res de “Salem” et d’autres romans de S. KING.

Tiens, à pro­pos de ce-der­nier : Le Ste­phen KING fran­çais disait la radio. En effet, tout fait pen­ser à Ste­phen KING : les per­son­na­ges, le rythme… Même le style employé dans le roman est un splen­dide copier-col­ler de celui du maî­tre amé­ri­cain. Une fal­si­fi­ca­tion impec­ca­ble si ce ne sont les quel­ques franco-par­ti­cu­la­ris­mes que l’on retrouve ici et là, qui met­tent la puce à l’oreille car ne pou­vant être le fruit de Ste­phen. Un style fade qui ne m’a pas par­ti­cu­liè­re­ment emballé.

Pour con­clure, je ne vais pas être sympa. Il me sem­ble que la thèse tour­nant autour de la société secrète est trop peu exploi­tée et aurait mérité une pré­sen­ta­tion moins tar­dive dans la trame du récit. D’autre part, l’on se demande si le but final de l’auteur n’est pas de ven­dre les droits de son ouvrage au cinéma ; en effet, l’on croi­rait lire le scé­na­rio d’un film amé­ri­cain d’hor­reur type série B. Les des­crip­tions des per­son­na­ges et des décors, les scè­nes et les plans sont orga­ni­sés de façon ciné­ma­to­gra­phi­que : c’est repo­sant à lire, mais le pro­cédé m’a agacé.
Cela dit, pour un pre­mier roman, c’est plu­tôt pas mal. Et je gage qu’Alec COVIN pro­duira des romans un peu mieux archi­tec­tu­rés : brû­lons sa col­lec­tion de Ste­phen KING et offrons-lui des romans de Jean-Chris­to­phe RUFIN ! ;-)