Jeudi 3 mai

Il pleut sur le tar­mac de l’aéro­port de Nan­tes. Nous som­mes douze et nous grim­pons à bord du gros Boeing affrété par Rya­nair. Quel­ques minu­tes plus tard, celui-ci prend son envol pour la côte ouest de l’Irlande, vers l’aéro­port inter­na­tio­nal de Shan­non.

Il est près de minuit locale lors­que nous garons les trois voi­tu­res de loca­tion à proxi­mité de notre pre­mière étape. Il s’agit d’un pub auberge situé à Ennis, ville prin­ci­pale du comté de Clare, non loin de l’aéro­port. La mai­son est n’est pas toute jeune, mais cela suf­fira pour une nuit. Des musi­ciens sont d’ailleurs en train de jouer quel­ques airs tan­dis que sur un plasma, Sky­news dif­fuse le résul­tat des élec­tions Écos­saise. Voici le moment de pren­dre la pre­mière Guin­ness du voyage, breu­vage som­bre, quasi élevé au rang de bois­son natio­nale ! ;-)

Ven­dredi 4 mai

Après une visite som­maire du cen­tre-ville d’Ennis sous le soleil, nous pre­nons la direc­tion du nord, vers Gal­way. Sur le tra­jet, nous sor­tons de l’axe prin­ci­pal pour nous diri­ger vers la côte, à l’ouest. Bien que pré­venu, je cons­tate de visu l’état des rou­tes secon­dai­res du pays : peu nom­breu­ses, elles sont de plus très étroi­tes, sou­vent sinueu­ses et par­fois même en mau­vais état. À proxi­mité de Gort, nous nous arrê­tons visi­ter un monas­tère en rui­nes au milieu des champs, à Kil­mac­duagh. Une éton­nante tour ronde déli­ca­te­ment pen­chée se dresse en son cen­tre. J’apprends que ce genre d’ouvra­ges qui ne pos­sè­dent pas de por­tes, per­met­taient aux moi­nes de s’y retran­cher lors des raids bar­ba­res. Ces tours sont ancien­nes (post-an mil) et se ren­con­trent dans d’autres sites du même genre.

À mesure que nous appro­chons de la côte, le pay­sage se vide de grande végé­ta­tion. Plus un arbre, seu­le­ment des arbus­tes et des her­bes qui subis­sent mieux les tem­pê­tes de l’hiver. Enfin, nous arri­vons aux Cliffs of Moher, une série de hau­tes et bel­les falai­ses qui cou­rent sur quel­ques kilo­mè­tres. Les abords de cette curio­sité géo­lo­gi­que très appré­ciée des tou­ris­tes vien­nent d’être tota­le­ment réa­mé­na­gés. Et je suis par­tagé entre les sen­ti­ments de voir ce site trans­for­més en pres­que-Dis­ney­land et le sou­cis de sécu­rité ainsi que le cons­tat que les archi­tec­tes ont tenté au mieux d’inté­grer les infra­struc­tu­res à l’envi­ron­ne­ment. C’est vrai qu’elles sont bel­les ces falai­ses. Pas aussi hau­tes que le Prei­kes­to­len, bien entendu, mais cette guir­lande qui se découpe dans la brume de mer donne matière à quel­ques bon­nes pho­tos sous un soleil qui tape dur.

En remon­tant vers le nord, nous tra­ver­sons le Bur­ren : une région sèche, miné­rale qu’un géo­mè­tre de Crom­well[1] décri­vait de la manière sui­vante : « Sur ces ter­res, point assez d’eau pour noyer un homme, pas d’arbre pour le pen­dre, ni de terre pour l’enter­rer ». Un bou­clier de roche fis­su­rée, au bord de la mer, com­plè­te­ment inhos­pi­ta­lier et pour­tant… C’est l’un des pay­sa­ges qui m’a le plus fas­ciné, par sa déso­la­tion et pour sa vie. Car para­doxa­le­ment, les fis­su­res dans les­quel­les l’eau de pluie pénè­tre con­cen­trent ne nom­breu­ses varié­tés végé­ta­les qui, en ce prin­temps, égayent de leurs cou­leurs le gris mono­tone de la pierre. C’est ainsi le vio­let des géra­niums san­guins, le bleu pro­fond des gen­tia­nes prin­ta­niè­res ou le jaune soleil d’une autre fleur que je n’ai pu iden­ti­fier.

La route de Gal­way se fait lon­gue et une halte s’impose. Un petit bourg sympa recueille notre assen­ti­ment pour aller sécher une Guin­ness. Or, com­ble de chance, ce week-end à lieu à Kin­vara (puisqu’il s’agit du nom de ce petit port) le Fleadh na gCuach : un fes­ti­val annuel de musi­que tra­di­tion­nelle. Les musi­cos sont ravis et se pro­met­tent d’y reve­nir les soirs sui­vants.

Plus tard, nous posons les vali­ses pour trois jours dans un hôtel moderne à l’est du cen­tre de Gal­way, puis nous allons dîner en cen­tre-ville, car le ser­vice à lieu de bonne heure ici. Plus tard dans la soi­rée, nous irons écou­ter de la musi­que et boire quel­ques biè­res au Quays, dans la rue du même nom, avant de retour­ner à pied à l’hôtel.

Samedi 5 mai

Un savou­reux petit déjeu­ner irlan­dais avalé, nous déci­dons de retour­ner dans le cen­tre-ville pour un peu de visite et de shop­ping tout au long de l’après-midi. Aujourd’hui, le ciel est chan­geant : quel­que­fois nua­geux et frais et par­fois tota­le­ment enso­leillé.

Comme prévu la veille, nous retour­nons en soi­rée à Kin­vara. Il n’y a pas foule mais du monde se presse quand même aux por­tes des mul­ti­ples pubs du vil­lage pour aller écou­ter les musi­ciens du cru. C’est joli, c’est typi­que et il y a peu de tou­ris­tes. Plus tard dans la soi­rée, alors que les pubs ne désem­plis­sent pas et que la bière coule à flot, quel­ques aver­ses com­men­cent à chas­ser les audi­toi­res vers l’inté­rieur ou dans les voi­tu­res. C’est vers cette seconde option que nous nous rabat­tons pour ren­trer à l’hôtel. De nuit, la con­duite à gau­che est encore plus impres­sion­nante sur ces rou­tes sinueu­ses.

Diman­che 6 mai

Aujourd’hui, nous avons décidé de pous­ser vers le nord-ouest, vers cette région que tout le monde con­naît au moins de nom : le Con­ne­mara. Il ne fait pas très beau : le ciel est cou­vert et humide ; mais cela dit, le Con­ne­mara sous le soleil, ce n’est plus vrai­ment le Con­ne­mara ! Non ?
En effet, à quel­ques dizai­nes de kilo­mè­tres de la ville, les pay­sa­ges chan­gent : la végé­ta­tion se fait plus rase et des tour­biè­res sur­gis­sent les pre­miè­res col­li­nes. L’eau est ici très pré­sente, qu’elle le soit sous forme de lacs, de ruis­seaux ou de maré­ca­ges. Au milieu de ces pay­sa­ges d’une drôle de cou­leur fauve, la végé­ta­tion est pour le moins sur­pre­nante ; en effet, les rho­do­den­drons et gun­ne­ras y pro­li­fè­rent. Et que dire de ces kilo­mè­tres de haies de fuch­sias qui bor­dent les rou­tes ? Cela est éton­nant lors­que l’on sait que ces espè­ces végé­ta­les qui ont colo­nisé toute la région ne sont aucu­ne­ment ori­gi­nai­res du pays : elles sont tou­tes exo­ti­ques.

Le petit port de Cleg­gan est pré­texte à déjeu­ner et à décou­vrir la côte du Con­ne­mara tour­men­tée et bat­tue par les hou­les d’ouest.

Au détour d’une route, se décou­vre l’abbaye de Kyle­more, un joyau néo-gothi­que niché au creux de la col­line dans son écrin de ver­dure. Autre­fois demeure pri­vée, c’est depuis les années 20 une ins­ti­tu­tion reli­gieuse. Res­tau­rée par les sœurs en 1996, c’est aujourd’hui l’un des sites tou­ris­ti­ques les plus visi­tés de la région. Comme le ciel se dégage un peu, nous retour­nons quel­ques kilo­mè­tres en arrière pour une petite ran­don­née dans le parc natio­nal du Con­ne­mara. Mais c’est déjà l’heure du retour. Pour rejoin­dre Gal­way, nous déci­dons de faire le tour en pre­nant plein est pour con­tour­ner le Lough Cor­rib. À peine fran­chie la limite sépa­rant ce grand lac du Lough Mask ,au nord, le chan­ge­ment de pay­sage est radi­cal : nous ne som­mes plus au Con­ne­mara.
Une belle jour­née s’achève, riche en pay­sa­ges magni­fi­ques, mal­heu­reu­se­ment gâchée par les résul­tats élec­to­raux qui tom­bent en soi­rée. Cer­tains, trou­vent encore la moti­va­tion pour retour­ner à Kin­vara écou­ter de la musi­que tra­di­tion­nelle. Pour ma part, je pré­fère un dîner en famille dans le cen­tre-ville.

Lundi 7 mai

C’est notre der­nière jour­née com­plète en Irlande. Nous quit­tons l’hôtel de Gal­way et pre­nons la route du sud, en direc­tion de l’aéro­port, vers la ville de Lime­rick. Quel­ques kilo­mè­tres avant d’entrer dans cette agglo­mé­ra­tion, nous sor­tons de la voie express pour aller visi­ter le châ­teau de Bun­ratty et son parc.
Le châ­teau actuel, cons­truit au XVème siè­cle est une grosse bâtisse car­rée flan­quée de qua­tre tours cré­ne­lées. Res­tauré par Lord et Lady Gort dans les années 50, il a vu lors de son inau­gu­ra­tion défi­ler le gra­tin de l’épo­que. Hier à l’état de ruine, le voici désor­mais entiè­re­ment remeu­blé et prêt à une inté­res­sante visite.
Der­rière le châ­teau s’étend son immense parc dans lequel se niche un vil­lage irlan­dais du XIXème, con­servé ou recons­truit avec ses ruel­les, jar­dins, école, église, etc. C’est très mignon, pas trop sur­fait et mille fois plus authen­ti­que que le Puy du Fou.

En soi­rée, la météo n’invite pas à la visite du cen­tre de Lime­rick. Il est temps de dîner une der­nière fois tous ensem­bles avant une courte nuit : l’avion décolle tôt demain.

Album photo

Notes

[1] Oli­ver Crom­well, alors chef d’État en Angle­terre, s’était lancé à la con­quête de l’Irlande en 1649 et l’inté­gra au Com­mon­wealth.