En Irlande
Par G.I. Jo le mardi 8 mai 2007, 23:10 - Utländskt - Lien permanent
Jeudi 3 mai
Il pleut sur le tarmac de l’aéroport de Nantes. Nous sommes douze et nous grimpons à bord du gros Boeing affrété par Ryanair. Quelques minutes plus tard, celui-ci prend son envol pour la côte ouest de l’Irlande, vers l’aéroport international de Shannon.
Il est près de minuit locale lorsque nous garons les trois voitures de location à proximité de notre première étape. Il s’agit d’un pub auberge situé à Ennis, ville principale du comté de Clare, non loin de l’aéroport.
La maison est n’est pas toute jeune, mais cela suffira pour une nuit. Des musiciens sont d’ailleurs en train de jouer quelques airs tandis que sur un plasma, Skynews diffuse le résultat des élections Écossaise. Voici le moment de prendre la première Guinness du voyage, breuvage sombre, quasi élevé au rang de boisson nationale ! 
Vendredi 4 mai
Après une visite sommaire du centre-ville d’Ennis sous le soleil, nous prenons la direction du nord, vers Galway. Sur le trajet, nous sortons de l’axe principal pour nous diriger vers la côte, à l’ouest. Bien que prévenu, je constate de visu l’état des routes secondaires du pays : peu nombreuses, elles sont de plus très étroites, souvent sinueuses et parfois même en mauvais état. À proximité de Gort, nous nous arrêtons visiter un monastère en ruines au milieu des champs, à Kilmacduagh. Une étonnante tour ronde délicatement penchée se dresse en son centre. J’apprends que ce genre d’ouvrages qui ne possèdent pas de portes, permettaient aux moines de s’y retrancher lors des raids barbares. Ces tours sont anciennes (post-an mil) et se rencontrent dans d’autres sites du même genre.
À mesure que nous approchons de la côte, le paysage se vide de grande végétation. Plus un arbre, seulement des arbustes et des herbes qui subissent mieux les tempêtes de l’hiver. Enfin, nous arrivons aux Cliffs of Moher, une série de hautes et belles falaises qui courent sur quelques kilomètres. Les abords de cette curiosité géologique très appréciée des touristes viennent d’être totalement réaménagés. Et je suis partagé entre les sentiments de voir ce site transformés en presque-Disneyland et le soucis de sécurité ainsi que le constat que les architectes ont tenté au mieux d’intégrer les infrastructures à l’environnement. C’est vrai qu’elles sont belles ces falaises. Pas aussi hautes que le Preikestolen, bien entendu, mais cette guirlande qui se découpe dans la brume de mer donne matière à quelques bonnes photos sous un soleil qui tape dur.
En remontant vers le nord, nous traversons le Burren : une région sèche, minérale qu’un géomètre de Cromwell[1] décrivait de la manière suivante : « Sur ces terres, point assez d’eau pour noyer un homme, pas d’arbre pour le pendre, ni de terre pour l’enterrer ». Un bouclier de roche fissurée, au bord de la mer, complètement inhospitalier et pourtant… C’est l’un des paysages qui m’a le plus fasciné, par sa désolation et pour sa vie. Car paradoxalement, les fissures dans lesquelles l’eau de pluie pénètre concentrent ne nombreuses variétés végétales qui, en ce printemps, égayent de leurs couleurs le gris monotone de la pierre. C’est ainsi le violet des géraniums sanguins, le bleu profond des gentianes printanières ou le jaune soleil d’une autre fleur que je n’ai pu identifier.
La route de Galway se fait longue et une halte s’impose. Un petit bourg sympa recueille notre assentiment pour aller sécher une Guinness. Or, comble de chance, ce week-end à lieu à Kinvara (puisqu’il s’agit du nom de ce petit port) le Fleadh na gCuach : un festival annuel de musique traditionnelle. Les musicos sont ravis et se promettent d’y revenir les soirs suivants.
Plus tard, nous posons les valises pour trois jours dans un hôtel moderne à l’est du centre de Galway, puis nous allons dîner en centre-ville, car le service à lieu de bonne heure ici. Plus tard dans la soirée, nous irons écouter de la musique et boire quelques bières au Quays, dans la rue du même nom, avant de retourner à pied à l’hôtel.
Samedi 5 mai
Un savoureux petit déjeuner irlandais avalé, nous décidons de retourner dans le centre-ville pour un peu de visite et de shopping tout au long de l’après-midi. Aujourd’hui, le ciel est changeant : quelquefois nuageux et frais et parfois totalement ensoleillé.
Comme prévu la veille, nous retournons en soirée à Kinvara. Il n’y a pas foule mais du monde se presse quand même aux portes des multiples pubs du village pour aller écouter les musiciens du cru. C’est joli, c’est typique et il y a peu de touristes. Plus tard dans la soirée, alors que les pubs ne désemplissent pas et que la bière coule à flot, quelques averses commencent à chasser les auditoires vers l’intérieur ou dans les voitures. C’est vers cette seconde option que nous nous rabattons pour rentrer à l’hôtel. De nuit, la conduite à gauche est encore plus impressionnante sur ces routes sinueuses.
Dimanche 6 mai
Aujourd’hui, nous avons décidé de pousser vers le nord-ouest, vers cette région que tout le monde connaît au moins de nom : le Connemara. Il ne fait pas très beau : le ciel est couvert et humide ; mais cela dit, le Connemara sous le soleil, ce n’est plus vraiment le Connemara ! Non ?
En effet, à quelques dizaines de kilomètres de la ville, les paysages changent : la végétation se fait plus rase et des tourbières surgissent les premières collines. L’eau est ici très présente, qu’elle le soit sous forme de lacs, de ruisseaux ou de marécages. Au milieu de ces paysages d’une drôle de couleur fauve, la végétation est pour le moins surprenante ; en effet, les rhododendrons et gunneras y prolifèrent. Et que dire de ces kilomètres de haies de fuchsias qui bordent les routes ? Cela est étonnant lorsque l’on sait que ces espèces végétales qui ont colonisé toute la région ne sont aucunement originaires du pays : elles sont toutes exotiques.
Le petit port de Cleggan est prétexte à déjeuner et à découvrir la côte du Connemara tourmentée et battue par les houles d’ouest.
Au détour d’une route, se découvre l’abbaye de Kylemore, un joyau néo-gothique niché au creux de la colline dans son écrin de verdure. Autrefois demeure privée, c’est depuis les années 20 une institution religieuse. Restaurée par les sœurs en 1996, c’est aujourd’hui l’un des sites touristiques les plus visités de la région. Comme le ciel se dégage un peu, nous retournons quelques kilomètres en arrière pour une petite randonnée dans le parc national du Connemara. Mais c’est déjà l’heure du retour. Pour rejoindre Galway, nous décidons de faire le tour en prenant plein est pour contourner le Lough Corrib. À peine franchie la limite séparant ce grand lac du Lough Mask ,au nord, le changement de paysage est radical : nous ne sommes plus au Connemara.
Une belle journée s’achève, riche en paysages magnifiques, malheureusement gâchée par les résultats électoraux qui tombent en soirée. Certains, trouvent encore la motivation pour retourner à Kinvara écouter de la musique traditionnelle. Pour ma part, je préfère un dîner en famille dans le centre-ville.
Lundi 7 mai
C’est notre dernière journée complète en Irlande. Nous quittons l’hôtel de Galway et prenons la route du sud, en direction de l’aéroport, vers la ville de Limerick. Quelques kilomètres avant d’entrer dans cette agglomération, nous sortons de la voie express pour aller visiter le château de Bunratty et son parc.
Le château actuel, construit au XVème siècle est une grosse bâtisse carrée flanquée de quatre tours crénelées. Restauré par Lord et Lady Gort dans les années 50, il a vu lors de son inauguration défiler le gratin de l’époque. Hier à l’état de ruine, le voici désormais entièrement remeublé et prêt à une intéressante visite.
Derrière le château s’étend son immense parc dans lequel se niche un village irlandais du XIXème, conservé ou reconstruit avec ses ruelles, jardins, école, église, etc. C’est très mignon, pas trop surfait et mille fois plus authentique que le Puy du Fou.
En soirée, la météo n’invite pas à la visite du centre de Limerick. Il est temps de dîner une dernière fois tous ensembles avant une courte nuit : l’avion décolle tôt demain.
Notes
[1] Oliver Cromwell, alors chef d’État en Angleterre, s’était lancé à la conquête de l’Irlande en 1649 et l’intégra au Commonwealth.