Cinq jours en Norvège
Par G.I. Jo le mardi 1 mai 2007, 21:59 - Utländskt - Lien permanent
Jeudi 26 avril
Il est 23h50 et le vol en provenance de Francfort se pose sur l’aéroport de Stavanger. C’est la quatrième ville de Norvège, bien que n’ayant qu’un peu plus de 100.000 habitants, et surtout la capitale de l’industrie pétrolière du pays. À l’extérieur il fait frais, les 28°C de Paris sont vite balayés, et l’air sent l’océan : la ville est située à l’extrémité sud-ouest de la Norvège, dans le pays des fjords. Nos hôtes nous attendent pour une soirée de retrouvailles dans l’atmosphère chaleureuse d’une typique maison en bois Scandinave.
Vendredi 27 avril
Je suis réveillé par la lumière du jour qui à cette date se lève un peu plus tôt qu’en France. Je peux découvrir des fenêtres les environs, au bord des eaux du Hafrsfjord illuminées par un soleil radieux. Au programme de la matinée, un petit tour dans le centre ville est programmé, à la découverte du port et de la vieille ville de Stavanger qui bâtit autrefois sa prospérité sur la pêche, la conserve et la construction navale ; avant que des gisements de pétrole offshore ne soient découverts et ne modifient du tout au tout la vocation de la cité. La vie semble calme et sereine : les gens ne s’interpellent que très peu, la limitation de vitesse des voitures invite à la patience (60 à 70km/h en campagne).
Après la sortie des écoles, direction la pointe de Tungenes pour une petite balade à l’entrée de la baie de Stavanger. La minéralité du paysage me frappe énormément : la roche est partout présente, dure, déchiquetée, à peine recouverte d’une mince couche de terre arable dans laquelle s’ancre la végétation. Les champs sont tous bordés de murets faits de pierres rondes que les paysans ont découvert en retournant la terre. Les plus gros rochers, tout lisses, gisent au milieu des prairies ou des plaques rocheuses, arrachés, roulés, polis et abandonnés là par d’anciens glaciers lors de la fonte.
Samedi 28 avril
Ce matin comme hier, le ciel est radieux pour la journée. Et nous avons prévu une excursion vers l’attraction géologique du coin : le Preikestolen.
Dans le port de Stavanger, nous embarquons à bord du ferry qui permet de rejoindre en 40 minutes la ville de Tau en slalomant entre les îles de la baie. Ensuite, nous suivons une route côtière vers le sud traversant Jørpeland jusqu’à un parking situé sur la commune de Jøssang, au bord d’un joli lac. C’est là que commence la petite randonnée.
Le parcours progresse de façon inhomogène, parfois en grimpant de grossières et hautes marches taillées dans la pierre, ou traversant quelques zones plates et humides ressemblant à des tourbières, tantôt en escaladant de gros éboulis à pic ou parcourant de grands plateaux minéraux. Au bout de deux heures, nous avons gagné quelques centaines de mètres en altitude et les premiers panoramas sur le Lysefjord apparaissent : c’est somptueux. Puis, une corniche longeant le vide nous conduit jusqu’à ce fameux Preikestolen. Il s’agit en fait d’un promontoire rocheux juché au sommet d’une falaise de 604 mètres de haut au-dessus des eaux du Lysefjord. Une des plus hautes falaises d’Europe. C’est grandiose et effrayant à la fois. C’est en rampant au sol — comme de nombreuses personnes — que je m’approche du bord. C’est encore plus stupéfiant que la Cabo Giraõ de Madère, et la vue sur le fjord est terrible.
C’est ainsi assis en face d’un panorama exceptionnel que je teste le barbecue jetable norvégien pour déguster quelques sandwich à la saucisse…
En soirée, nous avons réservé une table sur le port de Stavanger. Il n’est pourtant que 20h30 et pourtant, beaucoup d’autochtones sont de sortie et sont déjà bien éméchés : ici, la fête commence tôt. Plus tard, nous assistons à un concert dans un bar-boîte rappelant un peu Sigur Ròs. Il fait nuit, et la température est bien redescendue (7°C). Je suis frigorifié ; ce qui n’est pas le cas des norvégiens qui se baladent sans crainte du froid, qui en mini-jupes et débardeurs, qui en pantacourts, tongs et petits T-shirts[1]…
Dimanche 29 avril
Aujourd’hui et demain, nous avons à disposition un joli voilier d’une trentaine de pieds pour naviguer autour des îles de la baie. Nous nous rendons au petit port de Dusavika, qui ressemble à toutes ces petites marinas que l’on rencontre un peu partout sur la côte.
Le vent est un peu mou, alors nous nous voguons lentement sous un soleil toujours au rendez-vous. Au programme : petit pique-nique bercé par les vagues et découverte depuis la mer des îles d’Åmøy, Rennesøy et Mosterøy ainsi que des fjords qui les séparent. La navigation est aisée étant donné qu’il y a peu de courant et que les fonds oscillent entre 3m et 300m de profondeur. Gare toutefois aux écueils.
Lundi 30 avril
Aujourd’hui, le programme est le même qu’hier à ceci près que le vent est vraiment propice à la navigation. Nous slalomons entre les îles de la baie, et profitons même d’une escale à Vassøy pour aller faire un peu de gasoil. On a beau être dans l’une des régions phare en Europe de l’industrie pétrolière, je suis surpris de constater que le carburant y est plus cher qu’en France…
Après être allés amarrer le voilier au port de Dusavika, nous partons pour une petite balade en vélo au bord du Hafrsfjord. Dans un ciel vide de nuages, le soleil se couche et les températures chutent. Les huîtriers pies gloussent tout en se lançant dans de drôles de looping au-dessus des prés littoraux. Les derniers marcheurs et joggeurs du soir rentrent chez eux.
Mardi 1er mai
Avant de partir pour l’aéroport, nous nous rendons au fond du Hafrsfjord voir un monument particulier aux yeux des Norvégiens : les “Trois épées”. Il s’agit d’un monument composé de trois glaives de bronze plantés dans le roc, commémorant la victoire en 872 de Harald à la belle chevelure sur la noblesse unie norvégienne, à l’issue d’une bataille dans le Hafrsfjord qui lui permit de fonder le royaume de Norvège. D’une certaine façon, le pays est né ici. C’est joli, peu commun et donne l’occasion de prendre de curieuses photos.
Puis vient l’heure fatidique du retour vers Paris via Francfort.
Le soleil est toujours là, toujours radieux : il ne nous aura pas quitté une seule fois tout au long de ce week-end prolongé.
P.S. : À ce jour, je n’ai pas encore eu le temps de charger une sélection de photos dans l’album web Picasa. Ceci est fort dommage au vu de la beauté des paysages. Cela sera réparé sous peu ! 
ÉDIT du 14 mai 2007 :
L’album photo est désormais disponible.
Notes
[1] Un proverbe des expatriés français dit : « Quand le Norvégien met une chemise, prend un pull. Quand le norvégien met son pull, prend ta parka. Quand le norvégien met sa parka… reste chez toi ! »