Jeudi 26 avril

Il est 23h50 et le vol en pro­ve­nance de Franc­fort se pose sur l’aéro­port de Sta­van­ger. C’est la qua­trième ville de Nor­vège, bien que n’ayant qu’un peu plus de 100.000 habi­tants, et sur­tout la capi­tale de l’indus­trie pétro­lière du pays. À l’exté­rieur il fait frais, les 28°C de Paris sont vite balayés, et l’air sent l’océan : la ville est située à l’extré­mité sud-ouest de la Nor­vège, dans le pays des fjords. Nos hôtes nous atten­dent pour une soi­rée de retrou­vailles dans l’atmo­sphère cha­leu­reuse d’une typi­que mai­son en bois Scan­di­nave.

Ven­dredi 27 avril

Je suis réveillé par la lumière du jour qui à cette date se lève un peu plus tôt qu’en France. Je peux décou­vrir des fenê­tres les envi­rons, au bord des eaux du Hafrsf­jord illu­mi­nées par un soleil radieux. Au pro­gramme de la mati­née, un petit tour dans le cen­tre ville est pro­grammé, à la décou­verte du port et de la vieille ville de Sta­van­ger qui bâtit autre­fois sa pros­pé­rité sur la pêche, la con­serve et la cons­truc­tion navale ; avant que des gise­ments de pétrole off­shore ne soient décou­verts et ne modi­fient du tout au tout la voca­tion de la cité. La vie sem­ble calme et sereine : les gens ne s’inter­pel­lent que très peu, la limi­ta­tion de vitesse des voi­tu­res invite à la patience (60 à 70km/h en cam­pa­gne).
Après la sor­tie des éco­les, direc­tion la pointe de Tun­ge­nes pour une petite balade à l’entrée de la baie de Sta­van­ger. La miné­ra­lité du pay­sage me frappe énor­mé­ment : la roche est par­tout pré­sente, dure, déchi­que­tée, à peine recou­verte d’une mince cou­che de terre ara­ble dans laquelle s’ancre la végé­ta­tion. Les champs sont tous bor­dés de murets faits de pier­res ron­des que les pay­sans ont décou­vert en retour­nant la terre. Les plus gros rochers, tout lis­ses, gisent au milieu des prai­ries ou des pla­ques rocheu­ses, arra­chés, rou­lés, polis et aban­don­nés là par d’anciens gla­ciers lors de la fonte.

Samedi 28 avril

Ce matin comme hier, le ciel est radieux pour la jour­née. Et nous avons prévu une excur­sion vers l’attrac­tion géo­lo­gi­que du coin : le Prei­kes­to­len.
Dans le port de Sta­van­ger, nous embar­quons à bord du ferry qui per­met de rejoin­dre en 40 minu­tes la ville de Tau en sla­lo­mant entre les îles de la baie. Ensuite, nous sui­vons une route côtière vers le sud tra­ver­sant Jør­pe­land jusqu’à un par­king situé sur la com­mune de Jøs­sang, au bord d’un joli lac. C’est là que com­mence la petite ran­don­née.
Le par­cours pro­gresse de façon inho­mo­gène, par­fois en grim­pant de gros­siè­res et hau­tes mar­ches taillées dans la pierre, ou tra­ver­sant quel­ques zones pla­tes et humi­des res­sem­blant à des tour­biè­res, tan­tôt en esca­la­dant de gros ébou­lis à pic ou par­cou­rant de grands pla­teaux miné­raux. Au bout de deux heu­res, nous avons gagné quel­ques cen­tai­nes de mètres en alti­tude et les pre­miers pano­ra­mas sur le Lysef­jord appa­rais­sent : c’est somp­tueux. Puis, une cor­ni­che lon­geant le vide nous con­duit jusqu’à ce fameux Prei­kes­to­len. Il s’agit en fait d’un pro­mon­toire rocheux juché au som­met d’une falaise de 604 mètres de haut au-des­sus des eaux du Lysef­jord. Une des plus hau­tes falai­ses d’Europe. C’est gran­diose et effrayant à la fois. C’est en ram­pant au sol — comme de nom­breu­ses per­son­nes — que je m’appro­che du bord. C’est encore plus stu­pé­fiant que la Cabo Giraõ de Madère, et la vue sur le fjord est ter­ri­ble.
C’est ainsi assis en face d’un pano­rama excep­tion­nel que je teste le bar­be­cue jeta­ble nor­vé­gien pour dégus­ter quel­ques sand­wich à la sau­cisse…

En soi­rée, nous avons réservé une table sur le port de Sta­van­ger. Il n’est pour­tant que 20h30 et pour­tant, beau­coup d’autoch­to­nes sont de sor­tie et sont déjà bien émé­chés : ici, la fête com­mence tôt. Plus tard, nous assis­tons à un con­cert dans un bar-boîte rap­pe­lant un peu Sigur Ròs. Il fait nuit, et la tem­pé­ra­ture est bien redes­cen­due (7°C). Je suis fri­go­ri­fié ; ce qui n’est pas le cas des nor­vé­giens qui se bala­dent sans crainte du froid, qui en mini-jupes et débar­deurs, qui en pan­ta­courts, tongs et petits T-shirts[1]

Diman­che 29 avril

Aujourd’hui et demain, nous avons à dis­po­si­tion un joli voi­lier d’une tren­taine de pieds pour navi­guer autour des îles de la baie. Nous nous ren­dons au petit port de Dusa­vika, qui res­sem­ble à tou­tes ces peti­tes mari­nas que l’on ren­con­tre un peu par­tout sur la côte.
Le vent est un peu mou, alors nous nous voguons len­te­ment sous un soleil tou­jours au ren­dez-vous. Au pro­gramme : petit pique-nique bercé par les vagues et décou­verte depuis la mer des îles d’Åmøy, Ren­nesøy et Mos­terøy ainsi que des fjords qui les sépa­rent. La navi­ga­tion est aisée étant donné qu’il y a peu de cou­rant et que les fonds oscil­lent entre 3m et 300m de pro­fon­deur. Gare tou­te­fois aux écueils.

Lundi 30 avril

Aujourd’hui, le pro­gramme est le même qu’hier à ceci près que le vent est vrai­ment pro­pice à la navi­ga­tion. Nous sla­lo­mons entre les îles de la baie, et pro­fi­tons même d’une escale à Vassøy pour aller faire un peu de gasoil. On a beau être dans l’une des régions phare en Europe de l’indus­trie pétro­lière, je suis sur­pris de cons­ta­ter que le car­bu­rant y est plus cher qu’en France…
Après être allés amar­rer le voi­lier au port de Dusa­vika, nous par­tons pour une petite balade en vélo au bord du Hafrsf­jord. Dans un ciel vide de nua­ges, le soleil se cou­che et les tem­pé­ra­tu­res chu­tent. Les huî­triers pies glous­sent tout en se lan­çant dans de drô­les de loo­ping au-des­sus des prés lit­to­raux. Les der­niers mar­cheurs et jog­geurs du soir ren­trent chez eux.

Mardi 1er mai

Avant de par­tir pour l’aéro­port, nous nous ren­dons au fond du Hafrsf­jord voir un monu­ment par­ti­cu­lier aux yeux des Nor­vé­giens : les “Trois épées”. Il s’agit d’un monu­ment com­posé de trois glai­ves de bronze plan­tés dans le roc, com­mé­mo­rant la vic­toire en 872 de Harald à la belle che­ve­lure sur la noblesse unie nor­vé­gienne, à l’issue d’une bataille dans le Hafrsf­jord qui lui per­mit de fon­der le royaume de Nor­vège. D’une cer­taine façon, le pays est né ici. C’est joli, peu com­mun et donne l’occa­sion de pren­dre de curieu­ses pho­tos.
Puis vient l’heure fati­di­que du retour vers Paris via Franc­fort.
Le soleil est tou­jours là, tou­jours radieux : il ne nous aura pas quitté une seule fois tout au long de ce week-end pro­longé.

P.S. : À ce jour, je n’ai pas encore eu le temps de char­ger une sélec­tion de pho­tos dans l’album web Picasa. Ceci est fort dom­mage au vu de la beauté des pay­sa­ges. Cela sera réparé sous peu ! ;-)

ÉDIT du 14 mai 2007 :
L’album photo est désor­mais dis­po­ni­ble.

Album photo

Notes

[1] Un pro­verbe des expa­triés fran­çais dit : « Quand le Nor­vé­gien met une che­mise, prend un pull. Quand le nor­vé­gien met son pull, prend ta parka. Quand le nor­vé­gien met sa parka… reste chez toi ! »