« AQUA™ », Jean-Marc LIGNY
Par G.I. Jo le mardi 20 février 2007, 10:41 - Libri - Lien permanent
2030. Les désordres climatiques ont entraîné l’assèchement de certaines régions du globe où les populations meurent de soif, au sens propre du terme. Aussi, lorsque des images piratées en provenance d’un satellite de prospection révèlent à Fatimata Konaté qu’une nappe d’eau gigantesque se cache à quelques centaines de mètres dans le sous-sol de son pays ravagé par la sécheresse, la présidente du Burkina-Faso reprend espoir en la survie de son peuple.
En Europe, à Strasbourg, Catherine la malouine et Rudy le hollandais s’apprêtent à traverser en camion la France, le Maghreb et le Sahara pour convoyer le matériel de forage qu’une grande ONG a promise aux burkinabés.
De son côté, Fuller, un multimilliardaire américain propriétaire du satellite piraté, revendique au nom de sa multinationale la propriété exclusive de cette nappe. Ressource qu’il entend bien exploiter jusqu’à la dernière goutte pour approvisionner en eau le marché américain, quitte à faire appel aux services de la CIA pour faire plier cette présidente africaine opiniâtre qui ose se dresser contre ses intérêts.
Voici donc planté le décor idéal pour une véritable guérilla politique et économique opposant un petit état du Sud et l’incarnation du capitalisme ultra libéral occidental. Conflit dont l’enjeu n’est rien de moins que de l’eau et, par extension, la survie de tout un peuple ignoré.
Jean-Marc LIGNY propose un roman d’anticipation solide, dont les rebondissements et le suspense sont capables de tenir le lecteur en haleine tout au long des quelques cinq cent pages.
L’auteur dépeint ce à quoi notre planète et notre société pourraient ressembler d’ici un quart de siècle (autant dire demain) ; il suggère cette vision certes crue et pessimiste, mais issue d’une analyse véritablement pertinente.
Pour cela il fait appel aux thèmes “familiers” du genre : dérèglements climatiques violents, nouvelle organisation de la scène internationale, USA étouffant sous le poids de leurs vieux démons, montée des extrémismes religieux, crise énergétique…
Il décrit également les conséquences d’un clivage sociétal démesuré, aussi bien à l’échelle globale qu’à celle d’une ville, dans lequel les classes aisées se replient sur elles-mêmes, dans leurs bulles ou au sein de leurs réseaux, aveugles aux classes les plus basses dont l’exclusion atteint un paroxysme.
Cependant, au milieu de ce capharnaüm mondialisé, l’auteur campe des héros ordinaires combattant ce cynisme généralisé et qui redonnent espoir dans la capacité de l’Homme à se réveiller, parfois, et à se serrer les coudes malgré les obstacles pour réaliser de grands actes de solidarité sans chichis et sans gloire.
Les héros nés de l’imaginaire de Jean-Marc LIGNY m’ont beaucoup plu car ils sont attachants et convaincants ; en particulier Fatimata Konaté, la présidente burkinabée joviale et intelligente.
Je regrette toutefois que certains dénouements ou certains rebondissements soient parfois un peu trop faciles… Mais ce bémol est vraiment mineur en regard du reste de l’histoire et de la qualité générale de ce roman : c’est vraiment chercher la broutille pour mieux mettre en valeur les éloges ! 
AQUA™ est donc un roman[1] que j’ai dévoré et dont le sujet m’a véritablement captivé : la vision d’un futur proche qui semble, de notre actuel point de vue, tellement probable, angoissant et cependant si passionnant… C’est donc une très bonne surprise, un coup de cœur en somme ; et une histoire que je recommande naturellement à tous.
Notes
[1] Publié chez l’Atalante