« Olympos », Dan SIMMONS
Par G.I. Jo le vendredi 9 février 2007, 14:25 - Libri - Lien permanent
Il y a déjà un bout de temps que j’ai terminé la lecture de ce livre prêté par Tigroux et je souhaitais vraiment écrire quelques commentaires sur cette œuvre de Dan SIMMONS que je considère comme majeure dans sa bibliographie.
Pour rappel ou non, ce grand roman est composé de deux livres, titrés « Ilium » (“Troie” en grec) et « Olympos », qui à ma connaissance se limitera à ces deux volumes.
Dans cette belle et grande fresque, l’on peut dire que trois récits cohabitent et s’emboîtent les uns les autres sur la trame du roman. Le premier concerne ce que j’appellerais “Les Grecs” ; dans lequel le scholiaste Hockenberry — un universitaire Américain du XXème siècle spécialiste de l’œuvre d’Homère — est envoyé par les Dieux de l’Olympe en mission d’observation au cœur de la bataille de Troie. Bardé de gadgets faisant appel aux technologies quantiques fournis par sa divine protectrice, Hockenberry se téléporte çà et là dans la peau des protagonistes de la bataille et établit ses rapports auprès des Dieux en s’assurant que les événements collent parfaitement aux récits homériques. Les dieux y sont comme des gamins capricieux et libidineux qui passent leur temps à intriguer contre leurs pairs par l’entremise des pauvres humains manipulés à l’aide de leurs gadgets high-tech. Mais biens sûr, ces dieux ne sont que des imposteurs, ils n’ont rien à voir avec les divinités mythologiques : ils ne sont que les créateurs d’un “remake” ; et leur mont Olympe n’est autre que le plus haut volcan du système solaire : Olympus Mons sur Mars.
Parallèlement, sur les lunes de Jupiter, deux moravecs — des robots mi-machine, mi-organiques, envoyés là par les humains il y a très très longtemps — férus de littérature (l’un est admirateur de Proust et l’autre de Shakespeare) sont envoyés en mission vers Mars pour enquêter sur une activité quantique suspecte, intense et dangereuse.
Le troisième récit se concentre sur un groupe d’humains “à l’ancienne”, vivant de façon oisive et indolente sur une Terre dépeuplée. Assistés des voynix, d’inquiétants serviteurs mécaniques, ces humains ne savent rien de l’écriture et de la lecture : leur vie n’est remplie que de fêtes au château d’Ardis ou à Paris-Cratère ; lieux vers lesquels ils voyagent en empruntant des systèmes de téléportation dont ils ignorent l’origine et le fonctionnement ; aspects dont ils se fichent éperdument d’ailleurs.
Dans le premier tome « Ilium », on discerne progressivement quelques liens reliant ces trois groupes sans toutefois savoir où l’auteur les emmène et où ils vont se rencontrer. J’ai même eu des difficultés à comprendre quel était l’intérêt de l’histoire des deux moravecs Orphu d’Io et Mahnmut, qui tuent le temps du voyage en dissertant à loisir sur les œuvres de leurs écrivains fétiches — sans que pour autant cela soit désagréable ; au contraire, ce fut peut-être même une occasion de découverte. De multiples portes et interrogations s’ouvrent ainsi dans « Ilium » ; laissant champ libre à l’auteur pour les fermer dans « Olympos » et par la même pour donner la vision d’ensemble cohérente du système, là où tout ces morceaux épars s’assemblent pour former un tout.
Tout comme pour l’œuvre de Proust et de Shakespeare, la richesse des descriptions de la vie Grecque et des relations entre les héros Achéens (Hector, Hélène..) et Troyens (Odysseus, Achille…) laissent deviner que l’auteur a dû mener un travail de recherche très approfondi pour maîtriser son sujet. Et c’est d’ailleurs un point des plus intéressants : connaître suffisamment l‘Histoire pour qu’à un moment donné, le basculement vers l’uchronie donne à l‘histoire tout son crédit.
C’est d’ailleurs le récit des aventures “Greco-divine” mais également celle des humains “à l’ancienne” (surtout dans « Olympos ») qui m’ont le plus plu : me viennent par exemple à l’esprit les déboires d’Hockenberry aux prises avec des ennuis divins (quand il ne se retrouve pas embobiné par Hélène..), la frivolité et la grossièreté des pseudo-dieux, ces humains assistés et pétris de naïveté qui face à l’adversité se découvrent la force de se surpasser, etc.
Comme je le disais au début, il me semble que ce roman est actuellement à classer parmi le “Top 3” des œuvres que Dan SIMMONS a écrites de par son foisonnement de personnages, de thèmes, d’intrigues ainsi que pour son originalité ; même si, malgré tout, les Cycles d’Hypérion et d’Endymion restent pour moi encore bien meilleurs !
Je considère que ce sont donc deux livres de grande qualité dont il serait très dommage de passer à côté.
Commentaires
J'ai adoré aussi. Pourtant, je trouve qu'il a un peu abusé de la théorie quantique.
Ton blog est vraiment bien redige. J'espere que tu vas continuer a nous faire d'aussi bon articles.
Merci pour cet article qui va enormement me servir.