« Coalescence », Stephen BAXTER
Par G.I. Jo le jeudi 19 octobre 2006, 22:59 - Libri - Lien permanent
À la mort de son père, George Poole, un informaticien anglais quadragénaire, découvre l’existence d’une sœur jumelle que ses parents lui avaient toujours dissimulée. Alors qu’il n’était qu’un jeune enfant, Rosa avait été placée dans le mystérieux Ordre de Sainte Marie Reine des Vierges, à Rome, fondé au Vème siècle par Regina qui selon la légende, serait l’ancêtre de la famille Poole. George décide de se rendre dans la cité éternelle pour retrouver sa sœur.
Parallèlement, alors que l’Empire romain s’effondre de toute part, une bretonne du nom de Regina, décide de quitter son île natale pour retrouver sa mère établie à Rome.
Les histoires de George et de Regina s’entrelacent : George découvre peu à peu l’organisation terrifiante à laquelle appartient sa jumelle Rosa et les mystères qu’elle préserve depuis des siècles. Regina quant à elle, fuit les îles britanniques pour Rome où elle jette les bases de son Ordre au centre d’une capitale impériale en décomposition.
Le récit de George n’a présenté d’intérêt à mes yeux que celui de présenter le concept qui sous-tend l’organisation de l’Ordre. Le reste n’étant là que pour situer psychologiquement le personnage. Bref, des chapitres souvent longs qui permettent surtout de “meubler” entre deux chapitres dédiés au passé.
En revanche, le récit de Regina (et de sa descendance) présente à mes yeux un intérêt historique indéniable en plus de tracer le chemin vers la naissance de l’Ordre. L’auteur a effectué des recherches vraisemblablement très importantes sur cette période clef qui précède la chute de Rome et ne lésine pas à en faire une retranscription riche, voire trop riche. Ainsi, les trois cent premières pages permettent de comprendre comment et pourquoi l’organisation impériale quitte soudain l’île de Bretagne et plonge sa société pacifiée dans le chaos ; comment en l’espace de quelques années, une civilisation peut s’effondrer et conduire les populations vers une régression technique et politique impensable. L’on assiste ainsi à la fin des grandes cités et au regroupement de ces populations celtes en tribus qui, soumisent à l’expansion des envahisseurs saxons qui colonisent le sud-est du territoire, fuient vers le nord où traversent les mers vers l’Armorique : un véritable cours sur la dynamique du peuplement des îles Britanniques !
Mais Stephen Baxter ne se contente pas d’un cours d’Histoire, il profite de l’occasion pour avancer une hypothèse sur l’origine du mythe Arthurien, au centre de laquelle intervient Regina ! Cette dernière fait ainsi la connaissance du général Artorius (Arthur) décidé à réunir une tribu autour d’un emplacement fort appelé Caml (Camelot). Pour cela, ce roitelet s’entoure de gens talentueux : Regina qui accepte de devenir sa Morrigan (Morgane), et Myrddin (Merlin) un mage forgeron qui a autrefois forgé une arme exceptionnelle : Chalybs (Excalibur). J’ai réussi à relever ces éléments dissimulés emblématiques des légendes arthuriennes mais ai certainement dû passer à côté de beaucoup d’autres.
Au final, je peux dire que j’ai relativement apprécié ce livre, mais uniquement pour son intérêt historico-littéraire ; car pour le reste… rien de glorieux. Et les amateurs de hard-SF, dont Stephen Baxter est l’un des meilleurs représentants à l’heure actuelle, ne s’y seront pas trompés : ce premier volume de la trilogie des Enfants de la destinée n’est pas vraiment une réussite. Dans les premiers deux tiers du roman, l’intrigue est totalement asphyxiée par la surabondance des descriptions de la vie de l’époque en Bretagne et à Rome ; tout y passe : sociologie, architecture, politique, etc. L’on comprend l’envie que certains auraient d’abandonner sa lecture.
Bref, une entrée dans cette trilogie en demi-teinte que j’espère que les tomes suivant éclairciront.