AnnetteSamedi dernier, une surprise m'attendait dans la boîte aux lettres : un gros colis enveloppé de papier kraft qu'une cigogne en provenance du sud avait déposé.
Que cela pouvait-il bien être ? L'adresse de provenance me permis d'élaborer quelques hypothèses que je m'empressai d'aller vérifier.
C'est ainsi qu'en écartant les feuilles brunes qui protégeaient le contenu, je découvris une jolie grenouille bleue qui me tendait déjà les pattes.
Toute heureuse de pouvoir enfin se dégourdir les cuisses au soleil, celle-ci émit un croassement de soulagement. Sans un son de plus, elle entreprit alors de faire le tour de la pièce. Elle s'examina quelques secondes dans le miroir, flanqua une frousse bleue (c'est le cas de le dire !) à Neko et Cabestan qui passaient par là, puis revint vers moi.

— C'est donc ici que je vais vivre désormais ? Me demanda-t-elle de sa curieuse voix.
Comme je répondais par l'affirmative, la grenouille poursuivit :
— Ça me plaît bien ! Mais il faudra quand même m'éloigner des deux boules de poils que j'ai croisées : je suis allergique !
— J'y veillerais, répondis-je. Mais commençons par le commencement, veux-tu ? Quel est ton nom ?
À ma question, la grenouille écarquilla d'étonnement ses grands yeux noirs et répliqua, les pattes sur les hanches :
— Je voudrais bien le savoir ! C'est tout de même bien à toi de me nommer, non ?

Elle m'exposa alors les directives qu'elle avait reçues de Zelly la Cycliste, la fille même de marraine la bonne fée Christine. Sur l'idée de Zelly, la bonne fée avait alors dégainé ciseaux, aiguilles et fil et avait confectionné notre belle grenouille bleue qui croassait volubile ces explications devant moi.

— « Tu verras, tu te plairas chez Glesker » m'ont-elles affirmé. « C'est un grand ami des grenouilles et il te fera goûter tout un tas de plats dont tu nous enverras les recettes ! » Me voici donc, continua-t-elle.
Comme je ne réagissais pas, songeant à son histoire, elle me demanda :
— Alors, où se trouve la cuisine ?



Je lui indiquais la direction et elle s'y dirigea par petits bonds. Puis, elle s'arrêta, se retourna et croassa :
— Au fait, tu ne m'as toujours pas donné de nom !
— Oui, c'est vrai, dis-je décontenancé.
Comme j'y réfléchissais, j'entendis un meuglement familier. Arlette venait de la cuisine découvrir la nouvelle venue et lui souhaiter la bienvenue. Une idée émergea et je lançai :
— Annette, ça te va ?
La grenouille porta un doigt sur sa bouche alors qu'elle contemplait l'air songeuse le plafond. Puis, un sourire illumina sa grande bouche, sa gorge se gonfla et dans un joyeux croassement me dit :
— Ça me va !



Arlette reprit alors le chemin de la cuisine en se dandinant, suivie de sa nouvelle copine bondissante Annette.

Les photos de la première semaine