BBMÀ l'époque où je lisais le recueil d'Annie PROULX — « Les pieds dans la boue » — j'avais lu quelquepart qu'un cinéaste s'apprêtait à adapter pour le grand écran la nouvelle qui m'avait paru la plus belle.
Je guettais donc avec impatience la sortie de ce film, curieux de savoir de quelle façon le réalisateur de « Tigre et dragon » s'y prendrait pour traiter le sujet épineux de cette histoire à partir d'une matière bien menue (une trentaine de pages).

Hé bien, je crois qu'Ang LEE a choisi la meilleure et la plus sage des solutions : conserver intact le récit d'Annie PROULX sans réinterpréter la nouvelle. Même les dialogues sont bien souvent repris à la virgule près.
Le seul ajout qu'il s'est permis est l'introduction de somptueux plans de la nature sauvage du Wyoming et des Rocheuses.

Le résultat est édifiant : l'émotion de la nouvelle, issue d'un équilibre délicat, est intacte voire magnifiée par l'image et ses décors grandioses. Et pourtant, les choses n'étaient a priori pas si simples...

Pour rappel, Brokeback mountain raconte l'amour au fil des ans, vécue entre deux cowboys, jusqu'à l'agonie, dans la société rigide des ploucs du Wyoming des 60's.
Un sujet difficile, un véritable terrain miné, pourtant traité avec une grande justesse, sans jamais tomber dans le mélo ou le pathos : une prouesse !
Les dialogues sont minimalistes mais les regards et non-dits sont éloquents.
L'histoire est brutale, triste, injuste, mais empreinte d'une indicible beauté, et donc, terriblement émouvante. Il est au final bien difficile de retenir ses larmes face à des sentiments si forts.

Ce film vous remue les tripes à tel point que certains n'arrivent apparemment pas à s'en remettre ; et on les comprend !

Pour la première fois, je suis aussi (sinon plus) touché par le film que par l'œuvre littéraire dont il est tiré !
Brokeback mountain est donc un film que je recommande vivement à toutes et à tous, sans restrictions aucunes de par son universalité.

Cependant, bien que traité d'une façon pourtant fort pudique, ce film n'en est pas moins interdit dans de nombreuses salles un peu partout dans le monde ; aux USA il vous faut même avoir 17 ans minimum pour aller le voir...
Dommage.