Acadie« Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, vont chanter vont danser sur le violon, sont Américains, elles sont Américaines, la faute à qui donc ? La faute à Napoléon »
Tout le monde connaît les paroles de cette chanson ; malheureusement, ce qu'elles racontent est pour partie faux et font référence à un épisode méconnu de l'histoire des Français, la tragédie étouffée de tout un peuple, que d'aucuns qualifient à notre époque de "Crime contre l'Humanité".

En 1695, la famille Lestang, quitte son Béarn natal pour chercher de meilleurs horizons en Acadie [1], qui constitue, avec la Nouvelle-France, les Antilles et la Louisiane, le gros des colonies françaises d'Amérique.
Implantée à Pentagouët, la petite famille apprend à vivre dans ce nouveau monde sans limites aux hivers rigoureux, au contact des autres colons et des autochtones mais aussi sous la constante menace représentée par les puritains du Massachusets.

Ainsi, au rythme des saisons et des affrontements entre France et Angleterre, l'histoire de cette famille va se dérouler sur cinq générations, dans différents bourgs de la péninsule et nous entraîner dans une saga haletante jusqu'à ce terrible jour d'automne 1755, à Grand-Pré, où sur ordre du roi George l'armée anglaise déporta dans de terribles conditions une partie des 18.000 Acadiens qui occupaient cette terre depuis plus d'un siècle.
Ce livre est la première partie [2] (~1.000 pages) d'une œuvre narrant les destins poignants de quelques Acadiens : implantation, déportation et réimplantation. Le récit est très bien construit et permet au lecteur de s'immerger facilement dans la vie des paysans de cette époque, de connaître leur état d'esprit et leurs préoccupations tout en s'invitant également à la table des stratèges Anglais soucieux d'obtenir une mainmise totale sur la région.

Pour en revenir à la chanson de Fugain, bien qu'il soit vrai que Napoléon ait vendu la Louisiane aux Américains en 1803, ce n'est pas à lui que revient la disgrâce d'avoir mésestimé le potentiel de ces pays, de les avoir laissés tomber et pire, de les avoir méprisés. Tout cela revient pour partie à Louis XIV et à ses descendants, bien trop occupés à financer leurs distractions guerrières aux frontières pour asseoir leur puissance en Europe. Cela revient également, et de façon surprenante, à tout un tas de personnes, anonymes ou célèbres, dont les opinions comptaient à l'époque, comme Voltaire[3], qui de façon étonnante méprisait haut et fort ces colonies nord-américaines et leur préférait la douceur antillaise... allez savoir pourquoi ?

Notes

[1] Cette région correspondrait en gros à regrouper actuellement les provinces canadiennes de Nouvelle-Écosse, de l'île du prince Édouard et une partie du Nouveau-Brunswick avec les états américains du Maine et une partie du New Hampshire.

[2] La seconde partie : « Retour en Acadie »

[3] « Les Français ont un art si consommé de se détruire eux-mêmes que l'on peut se demander pourquoi on leur fait si souvent la guerre. Monsieur Voltaire, dont les avis comptent à Versailles (...) chaque fois qu'il ouvre la bouche ou prend la plume pour évoquer longuement nos régions, cet homme fait pour nous plus qu'une flotte entière. Alors, longue vie à Monsieur Voltaire ! »