Voilà bientôt une semaine que j'ai terminé cet excellent opus de ce très cher Pierre. Opus ? Oui, car 1792 (le titre du volume) n'est que le premier tome d'une trilogie à venir, 1793 et 1794.

Ce roman se distingue des précédentes œuvres de Pierre puisque la trame fait référence à des faits historiques parmi les plus glorieux et les plus sombres de l'Histoire de France : la Révolution, les guerres de Vendée et tous les événements qui conduisirent à l'avènement du Premier Empire. Ce décor magistral permet de dérouler un récit empreint de fantastique (bien sûr) et de légendes - pour notre plus grand plaisir - partagé entre deux personnages bien singuliers. Il s'agit de Milo, jeune paysan vendéen instruit (d'où son caractère exceptionnel ;-)) qui assiste impuissant aux succès des convictions royalistes parmi ses compatriotes ventrachoux qui les conduiront aux chouanneries. Quant à Cornuaud, le voici à Nantes, de retour des Antilles, contraint d'obéir à de terrifiantes pulsions meurtrières depuis qu'il a été envoûté par une esclave noire.

Contrairement à Tigroux (qui l'a lu avant moi), j'avais appris que la période révolutionnaire n'avais pas consisté en l'instauration d'un monde nouveau ou justice, égalité et liberté s'étaient répandues dans le royaume décadent de France sous les acclamations du peuple... Bien loin de tout cela, ce fut un gigantesque prétexte aux vengeances personnelles et violences gratuites servant les intérêts les plus vils et ayant entraîné les bains de sang les plus innomables. Une période bien sombre en vérité. Comme ces mariages républicains consistant à enfermer dans un sac une femme et un homme et à les jeter dans le fleuve depuis les quais de Nantes. Ou encore Carrier, donnant l'ordre de couler dans la Loire des navires dans les soutes desquels étaient enfermés opposants, prisonniers et autres innocents.

En ce qui concerne mes appréciations, je trouve que l'aspect historique est très bien traité, car Pierre arrive à bien mettre en scène le quotidien de l'époque, celui de deux mondes opposés : les paysans vendéens et la populace parisienne ; ainsi qu'à relater de grandes heures, comme la prise des Tuileries. Il mêle à tout cela une pointe d'obscur complot sous-tendant l'effort révolutionnaire et quelques légendes locales. Le final est excellent.

Bien sûr, chez moi ce roman résonne d'une manière particulière puisque l'histoire regorge de références qui font écho à ma culture locale. En effet, Pierre n'a pas hésité à faire "parler" ses protagonistes vendéens à l'aide d'un mix des trois grands dialectes de Vendée. Il en résulte que de nombreux mots semblent sortir tout droit de la bouche de ma grand-mère. Non pas qu'elle parle le vendéen, surtout pas[1] ! Mais plutôt que le paydret[2] et le vendéen[3] ont des emprunts réciproques du fait de leur proximité. Ce sont aussi les tableaux qu'il dresse du Nantes révolutionnaire, une véritables ville portuaire, la Venise de l'Ouest bien avant son défigurement par le comblement de la Loire ; tant de noms de lieux familiers, qui permettent de situer précisément les actions et d'apprécier encore plus la description des quartiers de l'époque.

Il va donc sans dire que j'attend la suite avec une impatience non-dissimulée ; 1793 devrait en effet être éditée au mois d'octobre, selon le site officiel de l'auteur.

Notes

[1] Hé oui, il semblerait que cette réelle antipathie des paydrets pour les vendéens date de l'époque où les Chouans remontant vers le nord en direction de de la Loire ont pillé et massacré les fermes paydrètes...

[2] Pour rappel, il s'agit de la langue du Pays de Retz, un gallo méridional

[3] Issu des langues pictaves