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mardi 20 février 2007

« AQUA™ », Jean-Marc LIGNY

Aqua_TM2030. Les désor­dres cli­ma­ti­ques ont entraîné l’assè­che­ment de cer­tai­nes régions du globe où les popu­la­tions meu­rent de soif, au sens pro­pre du terme. Aussi, lors­que des ima­ges pira­tées en pro­ve­nance d’un satel­lite de pros­pec­tion révè­lent à Fati­mata Konaté qu’une nappe d’eau gigan­tes­que se cache à quel­ques cen­tai­nes de mètres dans le sous-sol de son pays ravagé par la séche­resse, la pré­si­dente du Bur­kina-Faso reprend espoir en la sur­vie de son peu­ple.
En Europe, à Stras­bourg, Cathe­rine la malouine et Rudy le hol­lan­dais s’apprê­tent à tra­ver­ser en camion la France, le Magh­reb et le Sahara pour con­voyer le maté­riel de forage qu’une grande ONG a pro­mise aux bur­ki­na­bés.
De son côté, Ful­ler, un mul­ti­mil­liar­daire amé­ri­cain pro­prié­taire du satel­lite piraté, reven­di­que au nom de sa mul­ti­na­tio­nale la pro­priété exclu­sive de cette nappe. Res­source qu’il entend bien exploi­ter jusqu’à la der­nière goutte pour appro­vi­sion­ner en eau le mar­ché amé­ri­cain, quitte à faire appel aux ser­vi­ces de la CIA pour faire plier cette pré­si­dente afri­caine opi­niâ­tre qui ose se dres­ser con­tre ses inté­rêts.

Voici donc planté le décor idéal pour une véri­ta­ble gué­rilla poli­ti­que et éco­no­mi­que oppo­sant un petit état du Sud et l’incar­na­tion du capi­ta­lisme ultra libé­ral occi­den­tal. Con­flit dont l’enjeu n’est rien de moins que de l’eau et, par exten­sion, la sur­vie de tout un peu­ple ignoré.

Jean-Marc LIGNY pro­pose un roman d’anti­ci­pa­tion solide, dont les rebon­dis­se­ments et le sus­pense sont capa­bles de tenir le lec­teur en haleine tout au long des quel­ques cinq cent pages. L’auteur dépeint ce à quoi notre pla­nète et notre société pour­raient res­sem­bler d’ici un quart de siè­cle (autant dire demain) ; il sug­gère cette vision cer­tes crue et pes­si­miste, mais issue d’une ana­lyse véri­ta­ble­ment per­ti­nente. Pour cela il fait appel aux thè­mes “fami­liers” du genre : dérè­gle­ments cli­ma­ti­ques vio­lents, nou­velle orga­ni­sa­tion de la scène inter­na­tio­nale, USA étouf­fant sous le poids de leurs vieux démons, mon­tée des extré­mis­mes reli­gieux, crise éner­gé­ti­que… Il décrit éga­le­ment les con­sé­quen­ces d’un cli­vage socié­tal déme­suré, aussi bien à l’échelle glo­bale qu’à celle d’une ville, dans lequel les clas­ses aisées se replient sur elles-mêmes, dans leurs bul­les ou au sein de leurs réseaux, aveu­gles aux clas­ses les plus bas­ses dont l’exclu­sion atteint un paroxysme.
Cepen­dant, au milieu de ce caphar­naüm mon­dia­lisé, l’auteur campe des héros ordi­nai­res com­bat­tant ce cynisme géné­ra­lisé et qui redon­nent espoir dans la capa­cité de l’Homme à se réveiller, par­fois, et à se ser­rer les cou­des mal­gré les obs­ta­cles pour réa­li­ser de grands actes de soli­da­rité sans chi­chis et sans gloire.
Les héros nés de l’ima­gi­naire de Jean-Marc LIGNY m’ont beau­coup plu car ils sont atta­chants et con­vain­cants ; en par­ti­cu­lier Fati­mata Konaté, la pré­si­dente bur­ki­na­bée joviale et intel­li­gente.

Je regrette tou­te­fois que cer­tains dénoue­ments ou cer­tains rebon­dis­se­ments soient par­fois un peu trop faci­les… Mais ce bémol est vrai­ment mineur en regard du reste de l’his­toire et de la qua­lité géné­rale de ce roman : c’est vrai­ment cher­cher la brou­tille pour mieux met­tre en valeur les élo­ges ! ;-)

AQUA™ est donc un roman[1] que j’ai dévoré et dont le sujet m’a véri­ta­ble­ment cap­tivé : la vision d’un futur pro­che qui sem­ble, de notre actuel point de vue, tel­le­ment pro­ba­ble, angois­sant et cepen­dant si pas­sion­nant… C’est donc une très bonne sur­prise, un coup de cœur en somme ; et une his­toire que je recom­mande natu­rel­le­ment à tous.

Notes

[1] Publié chez l’Ata­lante

vendredi 9 février 2007

« Olympos », Dan SIMMONS

OlymposIl y a déjà un bout de temps que j’ai ter­miné la lec­ture de ce livre prêté par Tigroux et je sou­hai­tais vrai­ment écrire quel­ques com­men­tai­res sur cette œuvre de Dan SIM­MONS que je con­si­dère comme majeure dans sa biblio­gra­phie.
Pour rap­pel ou non, ce grand roman est com­posé de deux livres, titrés « Ilium » (“Troie” en grec) et « Olym­pos », qui à ma con­nais­sance se limi­tera à ces deux volu­mes.

Dans cette belle et grande fres­que, l’on peut dire que trois récits coha­bi­tent et s’emboî­tent les uns les autres sur la trame du roman. Le pre­mier con­cerne ce que j’appel­le­rais “Les Grecs” ; dans lequel le scho­liaste Hocken­berry — un uni­ver­si­taire Amé­ri­cain du XXème siè­cle spé­cia­liste de l’œuvre d’Homère — est envoyé par les Dieux de l’Olympe en mis­sion d’obser­va­tion au cœur de la bataille de Troie. Bardé de gad­gets fai­sant appel aux tech­no­lo­gies quan­ti­ques four­nis par sa divine pro­tec­trice, Hocken­berry se télé­porte çà et là dans la peau des pro­ta­go­nis­tes de la bataille et éta­blit ses rap­ports auprès des Dieux en s’assu­rant que les évé­ne­ments col­lent par­fai­te­ment aux récits homé­ri­ques. Les dieux y sont comme des gamins capri­cieux et libi­di­neux qui pas­sent leur temps à intri­guer con­tre leurs pairs par l’entre­mise des pau­vres humains mani­pu­lés à l’aide de leurs gad­gets high-tech. Mais biens sûr, ces dieux ne sont que des impos­teurs, ils n’ont rien à voir avec les divi­ni­tés mytho­lo­gi­ques : ils ne sont que les créa­teurs d’un “remake” ; et leur mont Olympe n’est autre que le plus haut vol­can du sys­tème solaire : Olym­pus Mons sur Mars.
Paral­lè­le­ment, sur les lunes de Jupi­ter, deux mora­vecs — des robots mi-machine, mi-orga­ni­ques, envoyés là par les humains il y a très très long­temps — férus de lit­té­ra­ture (l’un est admi­ra­teur de Proust et l’autre de Sha­kes­peare) sont envoyés en mis­sion vers Mars pour enquê­ter sur une acti­vité quan­ti­que sus­pecte, intense et dan­ge­reuse.
Le troi­sième récit se con­cen­tre sur un groupe d’humains “à l’ancienne”, vivant de façon oisive et indo­lente sur une Terre dépeu­plée. Assis­tés des voy­nix, d’inquié­tants ser­vi­teurs méca­ni­ques, ces humains ne savent rien de l’écri­ture et de la lec­ture : leur vie n’est rem­plie que de fêtes au châ­teau d’Ardis ou à Paris-Cra­tère ; lieux vers les­quels ils voya­gent en emprun­tant des sys­tè­mes de télé­por­ta­tion dont ils igno­rent l’ori­gine et le fonc­tion­ne­ment ; aspects dont ils se fichent éper­du­ment d’ailleurs.

Dans le pre­mier tome « Ilium », on dis­cerne pro­gres­si­ve­ment quel­ques liens reliant ces trois grou­pes sans tou­te­fois savoir où l’auteur les emmène et où ils vont se ren­con­trer. J’ai même eu des dif­fi­cul­tés à com­pren­dre quel était l’inté­rêt de l’his­toire des deux mora­vecs Orphu d’Io et Mahn­mut, qui tuent le temps du voyage en dis­ser­tant à loi­sir sur les œuvres de leurs écri­vains féti­ches — sans que pour autant cela soit désa­gréa­ble ; au con­traire, ce fut peut-être même une occa­sion de décou­verte. De mul­ti­ples por­tes et inter­ro­ga­tions s’ouvrent ainsi dans « Ilium » ; lais­sant champ libre à l’auteur pour les fer­mer dans « Olym­pos » et par la même pour don­ner la vision d’ensem­ble cohé­rente du sys­tème, là où tout ces mor­ceaux épars s’assem­blent pour for­mer un tout.

Tout comme pour l’œuvre de Proust et de Sha­kes­peare, la richesse des des­crip­tions de la vie Grec­que et des rela­tions entre les héros Achéens (Hec­tor, Hélène..) et Troyens (Odys­seus, Achille…) lais­sent devi­ner que l’auteur a dû mener un tra­vail de recher­che très appro­fondi pour maî­tri­ser son sujet. Et c’est d’ailleurs un point des plus inté­res­sants : con­naî­tre suf­fi­sam­ment l‘His­toire pour qu’à un moment donné, le bas­cu­le­ment vers l’uchro­nie donne à l‘his­toire tout son cré­dit.

C’est d’ailleurs le récit des aven­tu­res “Greco-divine” mais éga­le­ment celle des humains “à l’ancienne” (sur­tout dans « Olym­pos ») qui m’ont le plus plu : me vien­nent par exem­ple à l’esprit les déboi­res d’Hocken­berry aux pri­ses avec des ennuis divins (quand il ne se retrouve pas embo­biné par Hélène..), la fri­vo­lité et la gros­siè­reté des pseudo-dieux, ces humains assis­tés et pétris de naï­veté qui face à l’adver­sité se décou­vrent la force de se sur­pas­ser, etc.

Comme je le disais au début, il me sem­ble que ce roman est actuel­le­ment à clas­ser parmi le “Top 3” des œuvres que Dan SIM­MONS a écri­tes de par son foi­son­ne­ment de per­son­na­ges, de thè­mes, d’intri­gues ainsi que pour son ori­gi­na­lité ; même si, mal­gré tout, les Cycles dHypé­rion et dEndy­mion res­tent pour moi encore bien meilleurs !
Je con­si­dère que ce sont donc deux livres de grande qua­lité dont il serait très dom­mage de pas­ser à côté.

jeudi 19 octobre 2006

« Coalescence », Stephen BAXTER

À la mort de son père, George Poole, un infor­ma­ti­cien anglais qua­dra­gé­naire, décou­vre l’exis­tence d’une sœur jumelle que ses parents lui avaient tou­jours dis­si­mu­lée. Alors qu’il n’était qu’un jeune enfant, Rosa avait été pla­cée dans le mys­té­rieux Ordre de Sainte Marie Reine des Vier­ges, à Rome, fondé au Vème siè­cle par Regina qui selon la légende, serait l’ancê­tre de la famille Poole. George décide de se ren­dre dans la cité éter­nelle pour retrou­ver sa sœur.
Paral­lè­le­ment, alors que l’Empire romain s’effon­dre de toute part, une bre­tonne du nom de Regina, décide de quit­ter son île natale pour retrou­ver sa mère éta­blie à Rome.
Les his­toi­res de George et de Regina s’entre­la­cent : George décou­vre peu à peu l’orga­ni­sa­tion ter­ri­fiante à laquelle appar­tient sa jumelle Rosa et les mys­tè­res qu’elle pré­serve depuis des siè­cles. Regina quant à elle, fuit les îles bri­tan­ni­ques pour Rome où elle jette les bases de son Ordre au cen­tre d’une capi­tale impé­riale en décom­po­si­tion.

Le récit de George n’a pré­senté d’inté­rêt à mes yeux que celui de pré­sen­ter le con­cept qui sous-tend l’orga­ni­sa­tion de l’Ordre. Le reste n’étant là que pour situer psy­cho­lo­gi­que­ment le per­son­nage. Bref, des cha­pi­tres sou­vent longs qui per­met­tent sur­tout de “meu­bler” entre deux cha­pi­tres dédiés au passé.
En revan­che, le récit de Regina (et de sa des­cen­dance) pré­sente à mes yeux un inté­rêt his­to­ri­que indé­nia­ble en plus de tra­cer le che­min vers la nais­sance de l’Ordre. L’auteur a effec­tué des recher­ches vrai­sem­bla­ble­ment très impor­tan­tes sur cette période clef qui pré­cède la chute de Rome et ne lésine pas à en faire une retrans­crip­tion riche, voire trop riche. Ainsi, les trois cent pre­miè­res pages per­met­tent de com­pren­dre com­ment et pour­quoi l’orga­ni­sa­tion impé­riale quitte sou­dain l’île de Bre­ta­gne et plonge sa société paci­fiée dans le chaos ; com­ment en l’espace de quel­ques années, une civi­li­sa­tion peut s’effon­drer et con­duire les popu­la­tions vers une régres­sion tech­ni­que et poli­ti­que impen­sa­ble. L’on assiste ainsi à la fin des gran­des cités et au regrou­pe­ment de ces popu­la­tions cel­tes en tri­bus qui, sou­mi­sent à l’expan­sion des enva­his­seurs saxons qui colo­ni­sent le sud-est du ter­ri­toire, fuient vers le nord où tra­ver­sent les mers vers l’Armo­ri­que : un véri­ta­ble cours sur la dyna­mi­que du peu­ple­ment des îles Bri­tan­ni­ques !
Mais Ste­phen Bax­ter ne se con­tente pas d’un cours d’His­toire, il pro­fite de l’occa­sion pour avan­cer une hypo­thèse sur l’ori­gine du mythe Arthu­rien, au cen­tre de laquelle inter­vient Regina ! Cette der­nière fait ainsi la con­nais­sance du géné­ral Arto­rius (Arthur) décidé à réu­nir une tribu autour d’un empla­ce­ment fort appelé Caml (Came­lot). Pour cela, ce roi­te­let s’entoure de gens talen­tueux : Regina qui accepte de deve­nir sa Mor­ri­gan (Mor­gane), et Myrd­din (Mer­lin) un mage for­ge­ron qui a autre­fois forgé une arme excep­tion­nelle : Cha­lybs (Exca­li­bur). J’ai réussi à rele­ver ces élé­ments dis­si­mu­lés emblé­ma­ti­ques des légen­des arthu­rien­nes mais ai cer­tai­ne­ment dû pas­ser à côté de beau­coup d’autres.

Au final, je peux dire que j’ai rela­ti­ve­ment appré­cié ce livre, mais uni­que­ment pour son inté­rêt his­to­rico-lit­té­raire ; car pour le reste… rien de glo­rieux. Et les ama­teurs de hard-SF, dont Ste­phen Bax­ter est l’un des meilleurs repré­sen­tants à l’heure actuelle, ne s’y seront pas trom­pés : ce pre­mier volume de la tri­lo­gie des Enfants de la des­ti­née n’est pas vrai­ment une réus­site. Dans les pre­miers deux tiers du roman, l’intri­gue est tota­le­ment asphyxiée par la sura­bon­dance des des­crip­tions de la vie de l’épo­que en Bre­ta­gne et à Rome ; tout y passe : socio­lo­gie, archi­tec­ture, poli­ti­que, etc. L’on com­prend l’envie que cer­tains auraient d’aban­don­ner sa lec­ture.

Bref, une entrée dans cette tri­lo­gie en demi-teinte que j’espère que les tomes sui­vant éclair­ci­ront.

jeudi 24 août 2006

« Faërie hackers », Johan HÉLIOT

Faerie_HackersPani­que sur le Royaume ! Dans cet uni­vers paral­lèle — dou­ble féé­ri­que du nôtre — de mys­té­rieux et impla­ca­bles guer­riers sèment la ter­reur et la mort. Ces évé­ne­ments trou­blants auraient-ils à voir avec l’éva­sion d’un puis­sant démon sur­ve­nue quel­ques décen­nies plus tôt ? Ou bien, seraient-ils cor­ré­lés à la récente sor­tie d’un éton­nant war­game de nou­velle géné­ra­tion édité sur la Sur­face par la société Devil’s Game ? Lil, une fey exi­lée depuis vingt ans dans notre monde, mène l’enquête à Paris, épau­lée par Lar­ta­gne, le beau et téné­breux capi­taine de la garde royale.

Cette his­toire de fées et de magie change de la fan­tasy ! Johan HÉLIOT, que j’avais pré­cé­dem­ment remar­qué avec ‘“La lune seule le sait” et sa suite “La lune n’est pas pour nous”, livre ici quel­que­chose de dif­fé­rent, d’éton­nant et déton­nant. L’his­toire fait appel à nom­bre d’ima­ges de la fan­tasy dans ce qu’elle a de plus clas­si­que, mais se mêle éga­le­ment à une enquête et à des per­son­na­ges réso­lu­ment actuels. Tout comme l’écri­ture employée.
Le rythme du récit est sou­tenu et habi­le­ment entre­coupé de pau­ses qui per­met­tent au lec­teur de mieux cadrer le con­texte ; et le sus­pense main­tenu jusqu’au bout pro­met une lec­ture hale­tante.

Pour ma part, j’ai appré­cié l’humour et le côté frais de l’his­toire — mal­gré une chute un peu trop clas­si­que à mon goût —, le per­son­nage de la fey — une jolie tête brû­lée qui n’a pas sa lan­gue dans sa poche ! — et le style éner­gi­que de l’auteur. Cette agréa­ble expé­rience me dirige main­te­nant tout natu­rel­le­ment vers le roman sui­vant “Faë­rie thril­ler” :-)

mardi 25 juillet 2006

« Le lièvre de Vatanen », Arto PAASILINNA

VatanenAlors qu’il ren­tre sur Hel­sinki en com­pa­gnie de son ami pho­to­gra­phe, Vata­nen per­cute en voi­ture un jeune levraut. Cet évé­ne­ment impromptu donne l’occa­sion au héros de faire le bilan de sa vie et de pren­dre une déci­sion radi­cale : tout pla­quer der­rière lui ; femme, ami, tra­vail… tout y passe ! Accom­pa­gné du liè­vre qu’il soi­gne et qu’il pro­tège, Vata­nen va don­ner un nou­veau sens à sa vie, en par­cou­rant la Fin­lande en tous sens. Au con­tact de la nature et des habi­tants de ces régions recu­lées, le jour­na­liste et son curieux com­pa­gnon sau­tent de situa­tions cocas­ses en aven­tu­res rocam­bo­les­ques.

Voici un joli conte emprunt de bonne phi­lo­so­phie, d’un soup­çon d’éco­lo­gie et sau­pou­dré d’une cha­leu­reuse atmo­phère nor­di­que. Au milieu des forêts ou au bord des lacs, pour­suivi par des trac­to­pel­les en furie ou à la pour­suite d’un ours facé­tieux, le récit dif­fuse humour et fraî­cheur enjoués. La lec­ture est facile, le ton est gai… bref, la relaxa­tion assu­rée ! À lire de toute urgence !

P.S.: Ce livre des années 70 vient d’être adapté au cinéma et sor­tira en France à la fin de l’année. Avec une si bonne his­toire, il y a de bon­nes chan­ces que le film soit réussi. Tou­te­fois, j’avoue que j’ai une crainte : le rôle de Vata­nen est tenu par… Chris­to­phe LAM­BERT o_O
Abonné comme il est aux navets, j’espère que la gui­gne l’aura quitté depuis…

mercredi 12 juillet 2006

« Le dernier de son espèce », Andreas ESCHBACH

dernier_de_son_especeDuane Fitz­ge­rald coule une retraite pai­si­ble et réglée comme un métro­nome dans un vil­lage de la côte Irlan­daise. Pour­tant, cet ancien mili­taire amé­ri­cain dis­si­mule un secret que bien des armées envie­raient : lui ! C’est que, Duane n’est pas tout à fait comme vous et moi. Si l’on devait lui prê­ter des parents ima­gi­nai­res, disons qu’il serait le fils de Super Jamie et de Ter­mi­na­tor. Voici en effet quel­ques années que le héros s’est trouvé dégagé d’un pro­gramme de recher­che visant à le trans­for­mer en cyborg… avec plus ou moins de suc­cès. Or, voici que de bien curieux indi­vi­dus vien­nent de débar­quer à Din­gle…

Le Space Teu­ton a encore frappé. Voici le qua­trième livre d’Andreas ESCH­BACH que je lis et, mise à part ma légère décep­tion avec “Kwest”, voilà que cet auteur m’étonne une fois de plus[1] : cette his­toire-ci ne res­sem­ble en rien à ce qu’il a déjà fait, et c’est tant mieux ! Je suis ravi de ren­con­trer un écri­vain pourvu d’un tel talent.
Il relate ici l’his­toire d’un homme que la soli­tude pousse à dres­ser un bilan. Ana­ly­ser les méca­nis­mes qui l’ont amené à s’enga­ger dans une voie de pro­mes­ses : l’illu­sion d’accé­der à la per­fec­tion ultime.

Cette réflexion pla­cée sous le patro­nage du phi­lo­so­phe Sénè­que est pré­sen­tée d’une façon inha­bi­tuelle : comme une let­tre tou­chante, un témoi­gnage de ce surhomme emprunt de mélan­co­lie, pour la belle qu’il aime.
Une his­toire inté­res­sante.

jeudi 29 juin 2006

« L'enjomineur - 1794 », Pierre BORDAGE

Enjomineur 3Juste avant de sauter du train à l'avion, j'ai couru jusqu'à l'Atalante qui venait de mettre en vente ce dernier tome à la jolie couverture bleue. Hé oui ! j'attendais, comme beaucoup, cette parution avec impatience pour connaître la suite et fin[1] des aventures de Milo et de Cornuaud.

En premier lieu, je peux dire que je ne suis pas déçu du tout de cette trilogie qui, à mon sens, est certainement l'œuvre la plus aboutie et la plus travaillée de Pierre BORDAGE. Voilà vraiment un artiste qui se bonifie livres après livres et qui, plus qu'un écrivain, est un véritable conteur. Il a su exploiter et allier à merveille pour l'Enjomineur, le folklore régional et les événements d'une période clef de notre Histoire.

1794 permet au lecteur d'en savoir un peu plus sur les origines et la longue histoire de Mithra, la secte qui opère dans l'ombre des pouvoirs. Ce tome nous offre également quelques révélations sur les origines d'Émile, le héros, et quelques reconstitutions souvent terribles d'exactions commises lors de la Terreur. Dans ce dernier volume, la relation très particulière unissant Cornuaud et l'enjomineuse se nuance et se teinte d'ambiguïté.
Mon ressenti est que l'auteur a su conserver quelques secrets et informations qui lui ont permis de ne pas produire une suite mécanique, c'est-à-dire une suite trop prévisible ; offrant pour le coup au lecteur une trilogie bien équilibrée.
Dans 1794, l'action quitte peu à peu Paris en proie à la paranoïa du régime de Robespierre pour revenir dans l'Ouest qui sombre dans l'horreur au travers des guerres de Vendée et des atrocités commises à Nantes sous la houlette de Carrier.

Cette histoire que j'ai découverte il y a un peu plus d'un an me laisse déjà un très agréable souvenir et figurera en place d'honneur sur mes étagères et sur la liste de mes recommandations de lecture.

Au fait, est-ce pur hasard que les couvertures des trois livres soient bleue, blanche et rouge ? :-)

P.S.: Il est à noter que notre ami Pierre se lance dans le cinéma SF épaulé par Marc CARO (Delicatessen, La cité des enfants perdus). J'attends avec impatience plus de nouvelles sur le fruit de la collaboration entre ces deux artistes de l'Imaginaire au synopsis prometteur (cf. Dante 01).

Notes

[1] L'enjomineur, 1794 fait suite à 1792 et 1793

jeudi 1 juin 2006

Lectures en vrac...

Voici quelques brefs commentaires de mes dernières lectures en désordre auxquelles je n'ai soit ni l'envie ou soit ni le temps de consacrer un billet entier de façon individuelle.

Au cours des derniers mois, j'ai pris le temps lire ou de relire quelques classiques, ou du moins, des incontournables. Tel que L'étranger d'Albert Camus ; j'ai beaucoup aimé l'histoire tragique de cet homme un peu perdu, à l'écart de lui-même et le témoignage de la société française dans l'Algérie d'avant-guerre.
La pièce de théâtre d'Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, est une comédie un peu loufoque, intriguante, qui ne m'a toutefois pas transcendé.
En revanche, j'ai adoré l'univers poétique créé par Boris Vian dans L'écume des jours ; un décor fantasmagorique pour une histoire très touchante abordant les thèmes universels que sont l'amour, l'amitié...
Quant au Petit prince, j'ai voulu relire ce monument pour tenter d'y percevoir les profonds messages qu'enfants, nous n'avons pas forcément captés. Mon passage favori est sans nul doute celui narrant la rencontre du petit prince avec le renard.

Côté littérature de l'Imaginaire, Ilium de Dan Simmons fut une belle surprise mêlant brillamment mythologie Grecque et "bonne" SF. Un très bon Simmons dont la suite "Olympos" vient de paraître.
La folle semence, par le britannique Anthony Burgess également auteur de "Orange mécanique", décrit une Angleterre du futur surpeuplée, et une société au bord de l'asphyxie qui fonctionne à l'envers et qui pour s'en sortir, se dévore elle-même. Une très bonne histoire empreinte du charme des sixties qui pose la question de savoir jusqu'à quel point l'Homme peut refouler ses instincts naturels.
GeMs, Paradis perdu de C. Guitteaud et I. Wenta, ou la transposition de la Belle et la Bête dans un futur où la société est partagée entre les nantis vivant sous des dômes, servis par des clones réduits en esclavage et les extradés, vivant dans les ruines à l'extérieur des cités protégées. J'admet avoir eu du mal à entrer dans le livre tant je craignais que certains passages frôlent dangereusement la mièvrerie ou le cliché facile. Toutefois, l'histoire s'étoffe au fur et à mesure des pages en prend de la profondeur.

Pour le reste de mes lectures, j'ai eu le coup de cœur pour L'arbre, une vie de David Suzuki. Un ouvrage de vulgarisation qui présente à la façon d'un roman les différentes périodes de la vie d'un sapin de Douglas dans une forêt de la côte ouest Canadienne. L'auteur, zoologiste de son état, décrit clairement l'ensemble des interactions de cet individu avec son environnement végétal et animal. Un livre parsemé de belles illustrations qui permet de mieux comprendre pourquoi les écosystèmes sont souvent très fragiles et pourquoi il est nécessaire pour notre survie future de les protéger.
J'ai beaucoup aimé également Les mauvais anges, d'Éric Jourdan, ou l'histoire tragique d'amours adolescentes dans une famille bourgeoise des années 50. Un roman puissant et émouvant que j'ai lu quasiment d'une traite.
Enfin, pour finir, voici une petite fable tibétaine de Langdün Päljor, La controverse dans le jardin aux fleurs, où un jour la rose trémière déclare qu'elle est la plus belle des fleurs et que les autres se doivent de disparaître. Une critique sur la politique chinoise mais également, un plaidoyer en faveur de la diversité et de la tolérance. Un court texte joliment écrit, et dont la traduction du tibétain rend certaines tournures toutes charmantes...

jeudi 27 avril 2006

« La dame à la licorne », Tracy CHEVALIER

licorneTracy CHEVALIER semble s'être fait une spécialité des destins et intrigues amoureuses qui se nouent autour d'une œuvre d'art. Comme ce fut le cas avec "La jeune fille à la perle" d'après le tableau de Vermeer — également adapté au cinéma — et avec "La vierge en bleu".

La toile de fond de "La dame à la licorne", n'est précisément pas une toile, mais des tapisseries ; dont Jean Le Viste, un riche parisien du XVème siècle, commande les modèles à Nicolas des Innocents, jeune peintre bien en vue par ces dames de la Cour. Inspiré par Claude, la fille aînée du notable, Nicolas se lance dans la réalisation d'ébauches mettant en scène une femme et une licorne.

Ces célèbres tapisseries ne sont autres que celles du musée de Cluny aussi connues comme tapisseries des cinq sens, dont l'origine est assez floue.

La conception et la réalisation de ces six œuvres nous font voyager entre la demeure des Le Viste à Paris et l'atelier des lissiers à Bruxelles. À chaque chapitre, l'auteure adopte le point de vue d'un autre personnage, permettant au lecteur de se plonger dans leur intimité. Cette méthode présente également l'avantage de pouvoir suivre l'évolution des rapports humains et l'avancée de la réalisation des tapisseries depuis différents points de vue.

Cet entrelac de destins ayant pour point commun la naissance des tapisseries en fait un récit bien équilibré, malgré un final que j'ai trouvé un peu brusque. Le roman est également passionnant pour la plongée qu'il propose dans le monde des artisans du Moyen-Âge ; il permet de comprendre la valeur de telles œuvres fruits de la patience, de la rigueur et de la minutie. Une très belle histoire.

mercredi 29 mars 2006

« Retour en Acadie », Alain DUBOS

retour_acadieLe roman « Acadie, terre promise » se concluait sur l'éclatement de la famille Hébert/Mélanson, embarquée de force sur les vaisseaux du roi George qui déportèrent les 18.000 Acadiens.
« Retour en Acadie » reprend l'histoire au milieu de la mer, au début du cauchemar, en suite directe du premier volume.

Le récit suit alors tour à tour les différents membres de la famille. Certains ont la chance d'être débarqués rapidement et de trouver une place chez des fermiers Amish de Pennsylvanie, d'autres croupissent des mois dans l'obscurité nauséabonde des cales décimées par la variole. Puis un jour, les colons Anglais cèdent peu à peu et autorisent le débarquement de ces Français honnis sur leurs quais de Caroline ou de Virginie, d'où ils ne peuvent s'échapper, vivant en pauvres hères.
Les rares rescapés qui ont eu la "chance" d'éviter les rafles et l'horreur de la déportation, fuient alors ces terres vidées par le "Grand dérangement" et tentent de rejoindre au nord, les cités fortifiées de Québec et de Montréal.

Progressivement, les aventureux à la recherche de leur famille fuient les colonies Anglaises et tentent de joindre à leur tour les villes de la Nouvelle-France. Beaucoup périront de la mer, du froid, de la famine ou de la main des Anglais et des Indiens. Les rares chanceux recomposeront leur famille avant de subir à nouveau les affres de la guerre lors de la prise définitive du Canada par les armées du roi d'Angleterre.

Ce deuxième volume clôt cette formidable saga initiée par l'arrivée de la famille Lestang dans la péninsule en 1695. Elle constitue un brillant hommage à ce peuple méconnu qui malgré les terribles épreuves qu'il eut à affronter est aujourd'hui plus vivant que jamais et disséminé sur les cinq continents.

Sur les 18.000 personnes déportées par les Anglais, 8.000 sont décédées avant d'être débarquées...

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dimanche 19 mars 2006

« La brèche », Christophe LAMBERT

la brèche Non, non, vous fai­tes fausse route : il ne s’agit pas d’un acteur abonné depuis quel­ques temps aux navets (à croire qu’il les repère à 100 km à la ronde !) qui aurait décidé de se recon­ver­tir dans l’écri­ture SF, mais plu­tôt d’un auteur homo­nyme rela­ti­ve­ment éclec­ti­que sem­ble-t-il.

Vrai­sem­bla­ble­ment pas­sionné par le dénoue­ment de la deuxième guerre mon­diale, Chris­to­phe se pro­pose de nous faire décou­vrir le D-DAY sous un angle iné­dit : celui de deux hom­mes du futur, envoyés en 1944 sur les pla­ges de Nor­man­die pour revi­vre les évé­ne­ments dans le cadre d’une émis­sion de télé-réa­lité. Mais le jeu tourne court lorsqu’ils décou­vrent l’hor­reur de la bataille et, sur­tout, qu’en ayant malen­con­treu­se­ment bou­le­versé le cours de l’his­toire, le débar­que­ment se trans­forme en ter­rain d’affron­te­ment des puis­san­ces de 2060…

L’idée de départ est excel­lente et menée sans sou­cis jusqu’au final. Les actions sont vives et don­nent véri­ta­ble­ment envie de dévo­rer le bou­quin. Tou­te­fois, je reste un peu sur ma faim : j’ai l’impres­sion d’avoir sur­volé les actions ; je pense que le récit aurait lar­ge­ment mérité d’être étoffé. D’autre part, le style ne m’a pas par­ti­cu­liè­re­ment trans­cendé ; mais sans avoir lu un autre roman de Chris­to­phe LAM­BERT, je ne puis dire s’il s’agit d’un sub­til effet visant à don­ner beau­coup de fraî­cheur à l’his­toire ou de la véri­ta­ble écri­ture de l’auteur.

Cela dit, “La brè­che” est un bon diver­tis­se­ment par­fai­te­ment dis­posé à faire l’objet d’une adap­ta­tion à suc­cès au cinéma, tel que l’a été en son temps “Run­ning man” de Ste­phen KING.

mercredi 15 mars 2006

« Survivant », Chuck Palahniuk

SurvivantPeut-être que le nom de Chuck PALAHNIUK ne vous dit-il pas grand chose, et pourtant ; il y a de fortes chances pour que vous connaissiez déjà l'une de ses œuvres. En effet, il est le génialissime auteur de "Fight club", un roman brillamment adapté au cinéma par David FINCHER.

"Survivant", c'est l'histoire de Tender Branson, un jeune homme issu de la secte Creedish, dont l'expression d'une partie des dogmes farfelus de cette secte consiste à former jusqu'à l'excellence l'ensemble des puînés de ses fidèles à la gestion domestique! Placés à l'issue de leur initiation au service de familles aisées, ils œuvrent méticuleusement et obstinément à maintenir la maison propre et le jardin impeccable leur vie durant.

Oui, mais voilà, un jour, c'est l'hécatombe : la majorité des membres de la secte se donnent la mort ; bientôt régulièrement rejoints par les membres survivants astiquant aux quatre coins des États-Unis. Tout occupé qu'il est à initier ses employeurs aux rituels subtils du savoir-vivre, Tender Branson se retrouve être l'unique survivant de cette curieuse église.

Bien malgré lui, le voilà propulsé sous les feux de la rampe, dirigé par un agent cynique et guidé par une prophétesse suicidaire confidente de Tender.

Voilà donc un roman bien déjanté, dans lequel l'auteur critique avec un humour incroyable le star-system, le culte des apparences et tout le marché sur lequel ils reposent. C'est également le capitalisme et beaucoup de piliers de la société de consommation sur lequel Chuck tire à boulets rouges. Des dénonciations qui font écho à celles de "Fight club" où un cadre trentenaire sort de sa vie formatée par un processus schyzophénique ; un trentenaire qui n'est pas sans rappeler Tender.

C'est la première fois que je rencontre un style tel que celui-ci et un humour aussi détonant et grinçant : une véritable découverte. J'ai en particulier beaucoup aimé les passages où le héros pris de raisonnements obsessionnels décrit mille et une astuces pour redonner du gonflant à un tapis ou éliminer une tache de fruit sur du cachemire...
Ce roman rejoint donc sans aucun problème la courte liste des lectures que je recommande vivement.

jeudi 23 février 2006

« L'ange de l'abîme », Pierre BORDAGE

L_Ange_de_l_abimeAlors que l'issue du tome précédent — « L'évangile du serpent » — paraissait encourageante [1], ce second volume de la trilogie est contre toute attente bien noir. Le récit prend place quelques dizaines d'années après les événements du premier, dans une Europe agonisante, esseulée, embourbée dans une guerre des tranchées l'opposant aux forces armées islamiques. Tandis que la société se replie sur ses vieux démons dans les campagnes ou dans les villes bombardées, les impurs (musulmans ou français dont l'ascendance porte les traces d'origines nord-africaines) sont exterminés dans des camps spéciaux, et les jeunes patriotes embrigadés dans les armées de l'archange Michel pour combattre sur le front Est, en Pologne ou en Roumanie.

Au milieu de cette scène de misère, Pibe, un orphelin perdu, croise la route de Stef, une adolescente mystérieuse, qui l'abrite sous son aile. Ensemble, ils traversent l'Europe pour fuir la répression organisée par les milices de l'archange Michel — un chef politico-spirituel qui a établi sa mainmise sur le continent — et gagner un improbable endroit où ils pourraient vivre loin de cette violence.

Pierre BORDAGE aborde ici le thème d'un futur pessimiste, où les extrémismes religieux dominent, entraînant dans leur croissance la résurgence d'un ordre moral rigide mais hypocrite, l'obscurantisme et le verrouillage des libertés. Un futur d'autant plus effrayant que dans ses grandes lignes, un tel avenir est tout à fait envisageable en regard de certains événements récents.

Il est intéressant de constater que certains motifs repérés dans d'autres histoires de BORDAGE reviennent encore ici ; je pense donc que l'auteur tente de nous faire part de ses inquiétudes au travers de ces récits. Il dénonce ainsi une Europe intolérante et tournant le dos au monde comme dans « Wang », ou encore les terribles exactions et dérives inhérentes à l'instauration d'un système gouvernemental basé sur l'intégrisme (religieux ou politique) comme dans « Les guerriers du silence ». Idées que je partage en grande partie.
En effet, bien qu'à un certain moment une grande religion comme le christianisme a constitué un ciment indispensable à la survie d'un peuple, l'institutionalisation de la religion et l'instauration d'une hiérarchie dont la seule raison d'exister est la création de nouvelles formes de pouvoirs a conduit l'humanité vers ses pires heures. Les dogmes formatent les raisonnements et engluent les populations dans l'ignorance. L'ignorance, mère de toutes les peurs, donc de toutes les haines et donc de toutes les guerres.

Étant donné le lien ténu voire inexistant avec « L'évangile du serpent », je m'attends à tout avec la suite : « Les chemins de Damas », que je n'ai pas encore lue. Pas encore, mais patience ! Mon avis global sur la trilogie ne saurait tarder.

Notes

[1] Cf. billet « L'évangile du serpent »

dimanche 12 février 2006

« Histoire des codes secrets », Simon SINGH

Codes_secretsJ'étais a priori assez sceptique quant la possibilité qu'un ouvrage entièrement dédié à l'histoire des techniques cryptographiques puisse susciter un intérêt aussi captivant qu'un bon roman de SF tels que je les affectionne. Mais Seb' a su me convaincre et je me suis lancé. Et je ne regrette pas du tout.

Simon SINGH marie habilement les explications techniques, les chronologies, les concepts cryptographiques et les passages historiques romancés ; et réussit à transformer ce sujet plutôt aride en épopée passionnante. À tel point que l'on sort de certains chapitres convaincus qu'un chiffre brisé a influé sur le destin de nombreuses personnes voire sur le cours de l'Histoire. L'on apprend ainsi comment Marie Stuart, reine d'Écosse, a péri alors que son code secret avait été éventé ; comment Champollion et Young ont déchiffré les hiéroglyphes égyptiens ; comment a été conçue Enigma, quelle en était sa mécanique de base, etc. ; et même, quel avenir les ordinateurs quantiques apporteront à la cryptographie. L'on prend également pleinement conscience des enjeux économiques et stratégiques de la cryptographie, à l'heure où des flux d'information ininterrompus parcourent le globe à chaque seconde.

Un ouvrage passionnant, à la portée de tous les curieux et qui constitue une introduction très agréable au sujet.

vendredi 20 janvier 2006

« Les noctivores », Stéphane BEAUVERGER

noctivoresL'histoire prend ici place, huit années après "Chromozone", le volume initiateur de la trilogie.
Les ravages du virus superpuissant marquent toujours le monde (et donc la France) morcelé entre communautés ethnico-religieuses. Ceux d'Ouessant, menés par Gemini et la charismatique Justine, se sont reconstruits. Mais point d'opulence sur l'île balayée par les vents.
Au contraire, ceux de Marseille dirigés par Khaleel le mutant, prospèrent au cœur de la grande cité musulmane du sud.

Aucun affrontement n'est prévu à l'horizon jusqu'à ce que les Bretons capturent une bien étrange prise lors d'un abordage. Il s'agit de Cendre, un mystérieux gamin élevé au rang de prophète, par une secte chrétienne dirigeant la cité de Lourdes. Cendre possède l'étonnante et bien peu naturelle capacité d'anéantir les humains infectés par le Chromozone — appelés aussi Noctivores. Dès lors, chacun va tenter de contrôler cette arme inespérée, y compris Peter Lerner, l'ex-mari de Justine, chef des Noctivores.

Le monde initié par "Chromozone" m'avait enthousiasmé par sa nouveauté ; j'attendais donc la suite avec impatience. Mais je dois avouer que celle-ci est en-dessous de mes attentes. Le récit ne me semble pas apporter d'éclaircissements francs ni quoi que ce soit de vraiment nouveau. Les actions sont de plus relativement plates, bien loin des combats hallucinés menés dans le tome précédent par Teitomo.

Bref, une petite déception. Tempérée toutefois par le fait qu'il ne s'agit que de la seconde partie de la trilogie, et qu'il se peut qu'elle ait été construite comme une transition ou un tremplin pour une apothéose finale... Enfin, je l'espère ainsi.
Réponde dans la suite : « La cité nymphale ».

mardi 3 janvier 2006

« Acadie, terre promise », Alain DUBOS

Acadie« Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, vont chanter vont danser sur le violon, sont Américains, elles sont Américaines, la faute à qui donc ? La faute à Napoléon »
Tout le monde connaît les paroles de cette chanson ; malheureusement, ce qu'elles racontent est pour partie faux et font référence à un épisode méconnu de l'histoire des Français, la tragédie étouffée de tout un peuple, que d'aucuns qualifient à notre époque de "Crime contre l'Humanité".

En 1695, la famille Lestang, quitte son Béarn natal pour chercher de meilleurs horizons en Acadie [1], qui constitue, avec la Nouvelle-France, les Antilles et la Louisiane, le gros des colonies françaises d'Amérique.
Implantée à Pentagouët, la petite famille apprend à vivre dans ce nouveau monde sans limites aux hivers rigoureux, au contact des autres colons et des autochtones mais aussi sous la constante menace représentée par les puritains du Massachusets.

Ainsi, au rythme des saisons et des affrontements entre France et Angleterre, l'histoire de cette famille va se dérouler sur cinq générations, dans différents bourgs de la péninsule et nous entraîner dans une saga haletante jusqu'à ce terrible jour d'automne 1755, à Grand-Pré, où sur ordre du roi George l'armée anglaise déporta dans de terribles conditions une partie des 18.000 Acadiens qui occupaient cette terre depuis plus d'un siècle.
Ce livre est la première partie [2] (~1.000 pages) d'une œuvre narrant les destins poignants de quelques Acadiens : implantation, déportation et réimplantation. Le récit est très bien construit et permet au lecteur de s'immerger facilement dans la vie des paysans de cette époque, de connaître leur état d'esprit et leurs préoccupations tout en s'invitant également à la table des stratèges Anglais soucieux d'obtenir une mainmise totale sur la région.

Pour en revenir à la chanson de Fugain, bien qu'il soit vrai que Napoléon ait vendu la Louisiane aux Américains en 1803, ce n'est pas à lui que revient la disgrâce d'avoir mésestimé le potentiel de ces pays, de les avoir laissés tomber et pire, de les avoir méprisés. Tout cela revient pour partie à Louis XIV et à ses descendants, bien trop occupés à financer leurs distractions guerrières aux frontières pour asseoir leur puissance en Europe. Cela revient également, et de façon surprenante, à tout un tas de personnes, anonymes ou célèbres, dont les opinions comptaient à l'époque, comme Voltaire[3], qui de façon étonnante méprisait haut et fort ces colonies nord-américaines et leur préférait la douceur antillaise... allez savoir pourquoi ?

Notes

[1] Cette région correspondrait en gros à regrouper actuellement les provinces canadiennes de Nouvelle-Écosse, de l'île du prince Édouard et une partie du Nouveau-Brunswick avec les états américains du Maine et une partie du New Hampshire.

[2] La seconde partie : « Retour en Acadie »

[3] « Les Français ont un art si consommé de se détruire eux-mêmes que l'on peut se demander pourquoi on leur fait si souvent la guerre. Monsieur Voltaire, dont les avis comptent à Versailles (...) chaque fois qu'il ouvre la bouche ou prend la plume pour évoquer longuement nos régions, cet homme fait pour nous plus qu'une flotte entière. Alors, longue vie à Monsieur Voltaire ! »

mardi 8 novembre 2005

« L'enjomineur - 1793 », Pierre BORDAGE

Enjomineur_1793 Ce volume fait directement suite à « 1792 » et se déroule plus précisément pendant l'hiver 1793. On y retrouve bien sûr les deux protagonistes principaux ; Émile, le paysan éclairé vendéen, porteur de la dague de Mélusine, à la recherche de sa bien-aimée Perrette et qui ne sait comment remplir la mission que lui a confiée la fée au bord de l'étier. Quant à Cornuaud, possédé par l'enjomineuse noire, celui-ci profite de son poste et du chaos régnant sur Paris pour perpétrer les terribles sacrifices qu'elle exige. Pendant ce temps, l'on soulève un peu du voile qui dissimule Mithra, la mystérieuse organisation : ses ramifications, ses objectifs, etc.

Contrairement au tome précédent — dans lequel l'auteur dresse l'état des lieux et des événements en Vendée et à Nantes —, l'histoire se déroule cette fois-ci presque exclusivement dans la capitale ; une ville livrée aux mains des différentes factions révolutionnaires, ivres du sang qui coule à flot place du Carrousel. Le tableau dépeint est édifiant et toujours très bien documenté. Le récit s'en trouve ainsi toujours aussi captivant, l'auteur reste fidèle à lui-même.

Ce second volet remplit les promesses de « 1792 » et permet d'ors-et-déjà de prédire que cette trilogie sera certainement un ouvrage majeur dans la bibliographie de BORDAGE.

J'espère d'ailleurs lui faire dédicacer un volume ce week-end, étant donné qu'en qualité de président des Utopiales, l'on ne devrait pas avoir trop de mal à le croiser entre les stands de la Cité des Congrés. :-)

Pour finir, je pense que nous ne devrions pas attendre trop longtemps la suite à présent tant attendue : « 1794 ». Sur le site perso de l'auteur, celui-ci indique qu'il compte s'y mettre rapidement afin que le livre puisse être commercialisé en mai prochain !

Note ;-)
Un petit bémol toutefois : je déplore les tentatives de vendéeisation du pauvre petit Pays de Retz que mène Monsieur BORDAGE tout au long du récit. Page 392, on peut lire :

— « Je viens d'Auvergne, de la ville du Puy. Et toi ?
— Du pays de Retz, en Vendée. »

Cette erreur intentionnelle (ainsi que toutes autres) est proprement scandaleuse !
Les paydrets réclament des explications ! :-D

jeudi 6 octobre 2005

« Hurlemort », Serge BRUSSOLO

hurlemort Ulula mordeque acrius quam belua [1]

Quelquepart dans le royaume de France du XIV se trouve une immense forêt, remplie de mystères et de créatures inhospitalières. Au centre de cette forêt, une clairière coupée du monde abrite le village de Hurlemort, dominée par le château décrépi de son seigneur disparu quelques années plus tôt. Dans une des chaumières vit Céline, une jeune fille honnie par les villageois car elle porte la marque...

Voici un récit bien documenté qui permet d'en apprendre un peu plus sur la condition misérable des paysans, écartelés entre leurs devoirs religieux et leurs croyances païennes, dans un Moyen-Âge obscurantiste et cru. C'est aussi une histoire prenante et peuplée de personnages bien consistants, tels ce moine fanatique qui, jouissant de son pouvoir spirituel, s'amuse à jouer l'inquisiteur tyrannique sur la population de la clairière.

Curieusement, c'est le réalisme se dégageant des scènes qui m'a beaucoup plu, ainsi que l'ambivalence de la plupart des personnages qui accroît leur crédibilité. Même la fin du livre ne fait pas de concessions.
Hurlemort est donc pour moi un bon roman que je recommande pour tous.

Notes

[1] Hurle et mord plus fort que la bête (devise des seigneurs de Hurlemort)

samedi 17 septembre 2005

« Jésus vidéo », Andreas ESCHBACH

Jesus video Au cours d'une campagne de fouilles archéologiques dans le désert israélien, l'étudiant américain Stephen Foxx met à jour les ossements d'une bien étrange momie : parmi les étoffes vieilles de 2000 ans, se trouvent quelques documents qui bouculent toutes les conceptions ; il s'agit du manuel d'utilisation d'un caméscope SONY qui n'est pas encore sorti sur le marché !
Persuadé qu'il s'agit là des restes d'un voyageur du temps venu filmer les exploits de Jésus, le multimilliardaire John Kaun s'entoure de spécialistes pour mettre à tout prix la main sur la caméra... y compris en éliminant les éventuels obstacles.
C'est sans compter la perspicacité de Stephen qui, épaulé de Judith et de Yehoshuah, compte bien faire valoir ses droits dans cette affaire et peut-être même découvrir l'objet de toutes les convoitises grâce à leur botte secrète !

Ce livre est une très bonne course-poursuite dans les sites mythiques de la Galilée opposant le magnat tout-puissant digne descendant de Machiavel, qui commande à ses troupes de cerbères et l'équipe de débrouillards genre Club des Cinq, qui leur cause bien du soucis. Par bonheur, Andreas instille également un brin de mythologie et l'intervention d'obscures élites Vaticanes pour notre plus grand plaisir.

Redoutable découverte archéologique ? Canular de génie ? L'auteur tient en haleine le lecteur jusqu'à la fin de ce thriller que je recommande vivement.

Après le curieux univers SF abordé dans Kwest et Des milliards de tapis de cheveux, je découvre une autre facette de Andreas ESCHBACH, en maître du suspense.

mercredi 14 septembre 2005

« L'abyssin », Jean-Christophe RUFIN

abyssin Après avoir transporté ses lecteurs dans la jungle luxuriante de la baie de Rio à l'époque de la Renaissance (Rouge Brésil), et après un tour dans un futur sous bulle globalisé (Globalia), Jean-Christophe RUFIN nous transporte cette fois-ci dans le nord-est du continent africain à l'époque où le roi Soleil étend sa domination sur l'Europe.

L'histoire débute ainsi : Jean-Baptiste, un jeune médecin apothicaire du Caire, accepte de partir en ambassade auprès du Négus — l'empereur d'Éthiopie (ou Abyssinie) — sur les ordres de M. de Maillet, consul de France au Caire. Mais loin de lui sont les préoccupations diplomatiques, Jean-Baptiste s'est épris de la fille du consul (Alixe) et espère bien retirer de cette expédition suffisamment de renommée pour abattre les barrières sociales qui les séparent.
S'ensuit un long périple semé d'embûches en tous genres, qu'il le soit par des ecclésiastiques avides d'une mainmise spirituelle sur les Abyssins, ce peuple de chrétiens du bout du monde, ou par la horde de diplomates calculateurs qui se disputent âprement les faveurs des monarques. Ces péripéties et découvertes conduisent les protagonistes du Caire à Gondar en passant par Versailles et le Sinaï.

Voici une histoire brillamment contée, comme sait le faire Jean-Christophe RUFIN avec de tant de maîtrise dans l'élégance, le souffle et l'humour. Ce roman aux accents chevaleresques qui se déploie au milieu de décors merveilleux a d'ailleurs obtenu le Goncourt il y a quelques années.

Décidément, avec Jean-Christophe, j'accroche !

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