Édimbourg, la ville, le festival (2-5 août)
Pendant le mois d’août, le cœur de la capitale de l’Écosse bat au rythme des multiples manifestations qui s’entremêlent et qui drainent près d’un million de visiteurs le temps de quelques semaines. Le festival international, bien sûr ! et ses nombreuses scènes disséminées dans la cité et puis le “off” avec le Fringe, le long du Royal Mile.
Les rues fourmillent et il est très agréable de découvrir cette jolie ville du nord de l’Europe sous un aspect très “vivant”. Plusieurs choses me frappent agréablement à son abord :
— C’est une cité qui semble à taille humaine ; pas d’oppression ici. La ville “bouge” ; et au vu du nombre de pubs et autres bars, elle semble être vivante aussi bien en haute qu’en basse saison.
— Le relief de la ville est assez particulier : au milieu de la ville s’élèvent de drôles de collines qui prennent parfois des allures de petites montagnes, comme Arthur’s seat.
— De nombreuses zones vertes, qu’elles soient simples jardins ou immenses parcs, parsèment la ville et “l’aèrent”.
— Le nombre de vieilles pierres au mètre carré est assez impressionnant dans la vieille ville. Or, comme celle-ci s’étale et descend le long des flancs de l’éperon rocheux au sommet duquel se dresse le château, cela donne l’impression d’avoir des monuments collés les uns aux autres…
Les quatre jours ensoleillés à Édimbourg sont l’occasion de visiter les “classiques” de la ville. Au premier rang duquel se trouve le château (le plus haut en altitude aussi !). L’édifice se trouve au sommet de son éperon et domine toute la ville, en particulier la New Town, sur laquelle il offre une vue imprenable. En plus d’être un monument très bien entretenu, le château est également le lieu de résidence d’un régiment écossais. Si l’on laisse de côté quelques musées aux thématiques militaires rarement objectives, les intérieurs n’ont rien d’exceptionnel, si ce n’est le palais qui abrite les “honneurs d’Écosse” : les instruments du pouvoir du trône écossais (couronne, sceptre, bijoux…). L’intérêt est résolument en extérieur.
Partant à l’est du château descend le Royal Mile, bordé de nombreuses boutiques touristiques, d’échoppes de kiltmakers, de vieux bâtiments (dont l’ancien parlement), mais également d’une célèbre fabrique qui présente sa collection de tartans. Tout au bout du mile, se trouve le château d’Holyrood, la résidence royale officielle des souverains à Édimbourg. Lui faisant directement face, tel un pied de nez, se trouve le tout neuf parlement écossais. Une architecture très moderne, toute de bois, de béton et de métal brillant qui me plaît énormément.
Le samedi soir, nous assistons à une manifestation estivale très prisée dans la ville : le Military Tattooo. Il s’agit d’un festival de fanfares militaires venant des quatre coins du monde qui viennent se produire dans la grande cour du château d’Édimbourg où d’énormes gradins sont installés à cette occasion pour accueillir les 200.000 spectateurs du mois d’août. Cette année, en plus de l’obligatoire fanfare de la garde écossaise (Blackwatch, Dragons…) défilant au son de la cornemuse, sont venus jouer : le conservatoire militaire de Moscou (joli morceau jazzy), un orchestre militaire de Trinidad et Tobago (drôle de mélange entre steel band et uniformes), un régiment américain de style XVIIIème vêtus à la Lafayette (pipeau, pipeau) , etc.
Le show est très bien rodé, bien mis en scène et finalement la musique aux accents militaires devient un spectacle grandiose pleinement intégré dans cet environnement exceptionnel qu’est le château. Ne me reste plus qu’à comprendre pourquoi les spectateurs Français ont été les seuls à avoir été sifflés alors que le présentateur chauffait l’assistance…
East lowlands et Grampians (6 août)
Bien que ne profitant pas de la douceur du Gulf Stream et n’étant pas aussi découpée et montagneuse que sa sœur de l’ouest, la côte est de l’Écosse n’en est pas moins dépourvue de charme. Des collines ondulent doucement le long de la mer du Nord où se nichent de jolies petites villes. Comme Saint-Andrews, qui abrite les bâtiments coquets de la plus ancienne université du pays et où Marie Stuart aurait joué à l’ancêtre du golf, natif de la bourgade semble-t-il…
Les Grampians sont l’une des trois principales chaînes de montagnes écossaises. Ils s’étirent depuis l’Aberdeenshire jusqu’à la région d’Oban selon un axe nord-est sud-ouest, comme l’ensemble des massifs écossais. Ils comportent des zones très inhospitalières et comptent quelques-uns des plus hauts pics du pays.
C’est au cours du lundi et du mardi que nous traversons la partie est du massif. Après avoir franchi Dundee et le Firth of Tay, il n’y a quasiment qu’une seule petite route — l’A93 — qui continue à s’engager dans les Grampians. Après une halte à Bridge of Cally, dans un B&B bien tenu par un couple de retraités fort aimables, nous continuons notre route. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les terres et que l’altitude augmente, la température, elle, descend : au plus haut, au pied de la station de ski de Devil’s elbow, le thermomètre de la voiture indique vers 10h00 les 8,0°C… Mais passé Braemar, le fond de l’air se réchauffe. Arrivés à Balmoral — la résidence d’été de la reine —, il fait même 14,0 °C ! Le château est bien gardé et est invisible de la route. On arrive seulement à distinguer un pavillon flottant au sommet de la tour la plus haute, le pavillon royal : la vieille est là ! 
Plus loin, nous décidons de ne pas aller jusqu’à Aberdeen — vers où la route nous mène logiquement — mais plutôt de rester encore dans le massif en continuant sur de petites routes en direction du nord, vers la région des distilleries. Ainsi, à Dufftown, nous visitons la distillerie Glenfiddich, où une charmante guide francophone nous apprend que Glen signifie “vallée” et Fiddich “Cerf” : “Vallée du cerf” en gaélique. La visite est très intéressante entre ces énormes cuves de fermentation ou ces gros alambics en cuivre. Le site de production est très important et la firme déploie tous ses efforts pour communiquer sur le côté complètement “tradi” de leur whisky.
Loch Ness (6-7 août)
Après un détour du côté d’Elgin pour aller admirer les jolies plages de sable fin de la côte nord, nous arrivons sur Inverness pour un trouver un endroit où dormir. C’est sans compter sur le fait que tous les hôtels et B&B de la ville semblent complets. Aussi, nous décidons de continuer nos recherches directement en longeant la rive sud du fameux Loch Ness — dont l’ouverture sur la mer du Nord se fait à Inverness — et de quitter cette ville sans charme particulier. Après quelques tentatives infructueuses, nous posons les sacs dans un B&B passable, mais offrant une pleine vue sur le loch, à Dores.
Le lendemain, nous poursuivons notre route sur la rive sud du loch jusqu’à son extrémité, à Fort Augustus. L’intérêt de cette bourgade est la série d’écluses en escalier qui permettent de passer du Loch Ness (se jetant dans la mer du Nord) au Loch Oich, qui lui-même est relié aux autres lochs du Great Glen jusqu’à l’océan Atlantique. De là, nous décidons de gagner Ullapool, sur la côte nord-ouest. Nous longeons donc la face nord du Loch Ness cette fois-ci, puis obliquons en direction des Highlands du nord-ouest. Malgré nos efforts, nous n’aurons pas vu Nessie…
C’est à l’occasion d’un pique-nique devant un magnifique paysage de tourbières et de bruyères que nous avons fait la connaissance des célèbres midges. Comment les décrire ? J’oserais dire qu’ils sont aux moustiques ce que les piranhas sont aux requins blancs. C’est-à-dire qu’un seul individu, aussi microscopique qu’il soit, provoque déjà de sérieux dégâts (piqûre, démangeaisons soutenues, etc.) ; mais, le midge aime la compagnie de ses semblables et ne se déplace jamais sans au moins quelques dizaines de milliers de potes. Aussi, dès qu’il n’y a plus de brise pour les chasser, ni de plein soleil pour les dessécher, ils sortent de leurs tanières humides et s’abattent en nuées compactes sur tout organisme vivant pour lui pomper tout son sang. Je ne comprenais pas pourquoi les habitants allaient jardiner dans leur potager et les grands randonneurs traverser les prés humides accoutrés de tenues d’apiculteurs. Après cette première rencontre avec la “plaie des Highlands”, je comprends mieux… 
Highlands (7-9 août)
Sur la route en direction d’Ullapool, nous profitons d’un site intéressant pour une petite promenade digestive. Une jolie balade autour des falls of Rogie dont un petit pont enjambe le flux bouillonnant.
Après Garve sur l’A835, le paysage change subitement : les collines boisées laissent d’un coup la place a des reliefs plus escarpés et recouverts d’une végétation rase et verdâtre tirant sur le fauve. Une vision lunaire dont la couleur me rappelle certains paysages du Connemara. Enfin, les habitations reviennent petit à petit et les premiers pics de la côte nord-ouest apparaissent. Nous arrivons enfin à Ullapool, un port de pêche abrité dans le Loch Broom. Un gros chalutier embarque d’ailleurs quelques vivres pour la prochaine campagne de pêche. Comme la veille à Inverness, les hôtels et B&B ont été pris d’assaut et nous devons nous éloigner de plusieurs kilomètres de la bourgade. Nous en profitons pour amorcer une descente vers le sud en contournant le loch. Nous atterrissons dans un excellent B&B[1] tenu par un jeune couple, au bord des eaux du Little Loch Broom.
Lendemain jeudi, nous longeons la côte en direction du sud. Les paysages sont splendides et le soleil est toujours de la partie. Sur les conseils de Paula, nous nous enfonçons dans une presqu’île à la recherche d’une plage de sable fin à l’horizon barré par les Highlands. Nous trouvons ce petit coin de paradis à Mellon Udrigle. Les nombreuses ruines alentour sont des vestiges des Clearances, nous apprend-t-on. Époque à laquelle les nobles Anglais ayant pris possession de ces terres ont forcé les paysans à les quitter pour y faire pâturer des moutons ; les obligeant souvent à embarquer pour le Nouveau Monde.
La prochaine étape se situe au jardin d’Inverewe, à côté de Poolewe. Bien que située à plus de 57° de latitude nord, la région subit les influences du Gulf stream à tel point que l’on y fait pousser sur quelques hectares au bord de la mer, des espèces végétales exotiques que j’aurais peur de laisser en extérieur, l’hiver au Cormier, à 10° de latitude plus au sud ! La végétation est luxuriante et l’on y rencontre de nombreuses Gunneras, Fougères arborescentes… Les terres acides des highlands sont également un bonheur pour les Azalées arborescentes et Rhododendrons. Dommage que la floraison soit terminée, j’ose à peine imaginer la splendeur des massifs au printemps !
Nous poussons ensuite jusqu’au Glen Torridon en passant par des paysages tellement magnifiques que j’ai peur de finir blasé ! 
Une spécialité routière du pays semble-t-il sont les single track roads. Ce sont des routes trop étroites pour deux véhicules où sont aménagées des places sur le bas-côté à intervalles réguliers pour laisser passer les véhicules qui viennent en sens inverse. On en rencontre des dizaines de kilomètres dans les Highlands, elles sont fatigantes pour les pédales d’embrayage, mais sont souvent les seules voies d’accès à des paysages extraordinaires.
Île de Skye (10-11 août)
« L’île de Skye, nous a dit une de nos hôtesses de B&B, c’est toute l’Écosse à un seul endroit. À chaque virage de nouveaux paysages apparaissent ! » Je crois qu’elle n’a pas tort.
Skye est la plus grande des îles Hébrides intérieures, reliée au continent par le pont du même nom. Ses plus hauts pics chatouillent les 1.000 mètres d’altitude et n’ont rien à envier à leurs homologues du “continent”. L’île est un haut-lieu touristique d’Écosse notamment pour ses nombreuses curiosités géologiques formées par l’érosion, ses paysages splendides, son riche patrimoine mais également car elle permet de gagner d’autres îles grâce au réseau de ferries.
Nous arrivons sur l’île le vendredi. Le temps est très variable. Nous longeons la côte est de l’île en passant par Portree, la ville principale de l’île. C’est sur cette face de Skye que se trouvent les curiosités géologiques les plus connues : le Kilt Rock, dont les failles verticales figurent le plissé d’un kilt ou encore l‘Old man of Storr, une curieuse roche dressée qui semble se détacher en équilibre de la paroi. La géologie de l’île est en effet très curieuse et les paysages grandioses. Arrivés au nord de l’île, nous continuons en longeant la côte est jusqu’à Dunvegan. C’est dans cette ville que se trouve le château du célèbre clan MacLeod qui se partageait autrefois l’île avec le non-moins célèbre clan des MacDonald. À proximité, un petit chemin de marche côtier permet de gagner un étonnant site : “Coral beach”. Il s’agit d’une plage de véritable sable blanc corallien dont la blancheur tranche avec les autres plages dont le sable tire plutôt sur le noir. Un endroit assez magique en fait où nous rencontrons quelques paisibles locataires : un troupeau de vaches des Highlands ; un mélange de style détonnant avec une élégante robe crème et un long toupet limite négligé qui leur tombe sur les yeux. 
Le samedi matin, avant de quitter un charmant B&B situé dans une ancienne école[2], nous visitons la distillerie Talisker. Le contraste avec le côté “industriel” de Glenfiddich est saisissant tant celle-ci semble artisanale.
Quelques kilomètres après la sortie de l’île, sur la route de Fort Williams, se situe le romantique château d’Eilean Donan bâti sur un îlot au milieu des eaux calmes du Loch Duich. Relié par un petit pont à la terre ferme, ce château est célèbre dans le monde entier pour avoir été le lieu de tournage de nombreux films, dont « Highlander » ou encore « Haute-voltige ».
Great Glen (11-12 août)
Le “Great Glen” est le nom donné à la monstrueuse faille géologique qui coupe les highlands en deux selon un axe nord-est sud-ouest, depuis Inverness jusqu’à Oban en passant par Fort Augustus et Fort William ; laquelle dépression a donné naissance à plusieurs lochs, dont le Loch Ness. C’est notamment sur la frange sud de cette faille, dans les Grampians à proximité de Fort Williams, que culmine le plus haut sommet de Grande-Bretagne : le Ben Nevis (1.341 m).
Le samedi après-midi, nous faisons halte à Fort Williams. Le temps est humide, brumeux, et la ville inintéressante : elle est laide et peu d’activités sont proposées. Bien que située au bord de l’eau, elle est le point de départ pour explorer les pics alentour tel le Ben Nevis. Elle se donne d’ailleurs de faux-airs de station de ski. Fort Williams n’est qu’une étape, au mieux une base de rando.
Dimanche matin, le ciel se dégage à mesure que nous approchons de la sortie du Great Glen. Nous décidons alors d’effectuer un petit crochet sur la route d’Oban pour aller faire une marche dans le Glen Coe. Outre pour sa grande beauté ui en fait l’un des paysages incontournables de l’Écosse, cette vallée inhospitalière est également connue pour les massacres qui s’y déroulèrent à la fin du XVIIème.
Oban, Glasgow (12-14 août)
Oban est avant tout célèbre pour le fameux whisky qui porte son nom mais c’est aussi un point de départ obligé des ferries qui permettent de rejoindre de nombreuses îles Hébrides. Il est très agréable de se balader sur son petit port de pêche et sur le front de mer qui fait face à l’île de Mull. Il y a peu de choses à visiter à Oban, sinon cet étrange pseudo-monument, une étonnante muraille circulaire imitant un Colisée en miniature, posé au sommet de la colline surplombant la ville, comme une sorte de couronne. Il y a également d’excellents restaurants sur le port, où l’on peut déguster la pêche du jour cuisinée à la mode Écossaise.
Si Édimbourg est la capitale historique, la ville-musée de l’Écosse, nul doute que Glasgow en est le poumon économique. Avec une zone urbaine et une population quatre fois plus importantes, cette grande ville tranche avec sa vieille voisine (distante de seulement 60km) par l’impression de modernisme et de dynamisme qu’elle dégage, même si parfois, les immeubles en verre des nouveaux quartiers d’affaires lui donnent un air froid de petit New-York. Car des nouvelles constructions, il y en a à Glasgow ! Les anciennes friches industrielles de la cité ouvrière, bâties le long des rives de la Clyde, font désormais place à de riches faubourgs investis par le Science Centre, les bureaux de BBC Scotland ou d’élégants ponts à haubans, par exemple. Cela dit, le centre-ville possède de belles et larges avenues qui fourmillent de monde.
Cette escale à Glasgow est l’occasion de faire dans le culturel ; en commençant tout d’abord par la Gallery of Modern Art, située dans un vieil édifice du centre. La GoMA propose une expo temporaire qui dénonce les dérives du communautarisme, en particulier dans des régions telles que l’Irlande du Nord où les tensions communautaires sont fortes. Quelques œuvres de Hokney et Andy Warhol sont également présentées.
En s’éloignant du cœur de ville, à côté de l’université de Glasgow, se situe le Kelvingrove Art Gallery and Museum. Un immense et somptueux palais baroque de pierre rouge construit à la fin du XIXème siècle pour l’exhibition internationale de 1901. L’intérieur est tout aussi grandiose que l’extérieur et présente de multiples ailes, salles et galeries reliées par d’immenses volumes richement décorés. L’on peut y admirer un large éventail de peintures européennes, classiques et modernes et notamment une large collection d’œuvres écossaises. Bien que le clou de la visite soit la toile du “Christ de Saint Jean de la Croix” de Dalí, Je suis surtout attiré par l’expo sur le travail de Charles Rennie Mackintosh, chef de file de l’Art Nouveau en Écosse.
Cette visite à Glasgow est aussi l’occasion d’aller visiter le Science Centre (envahi par un raz-de-marée de marmaille hurlante) et d’aller voir le dernier Harry Potter sur écran IMAX.
Édimbourg, fin du voyage (15 août)
Le dernier jour en Écosse, et à Édimbourg de surcroît, est l’occasion d’une dernière balade au jardin botanique de la ville, d’une séance d’essayage de kilt sur le Royal mile, des derniers achats et d’une dernière nuit dans un bel hôtel.
C’est donc la fin d’un très joli séjour, encore une fois trop court pour approfondir la connaissance du pays ; un goût d’inachevé me reste. Voilà encore une destination où il me tarde de revenir.